Après The Song about Green (1) Gao Yan récidive avec Sukima. Dans le tome 2, on retrouve la jeune étudiante taïwanaise Yang Yang partie pour la fac d’arts d’Okinawa, dans le cadre d’un échange universitaire. Bien que décédée juste avant son départ, sa grand-mère tient encore une grande place dans sa vie. De même elle pense souvent à J., le jeune activiste dont elle est résolument amoureuse. Mais elle n’ose lui avouer ses sentiments sachant qu’il est déjà engagé dans une relation.
À l’université, elle fait la connaissance d’autres étudiants en échange comme elle. Le Chinois Li Chen, ancien dépressif qui fume comme un pompier ne partage pas son point de vue sur Taïwan. Pour lui, l’île est « un territoire chinois » tandis qu’elle est « un état indépendant » pour Yang. Belle mise en abîme des camps qui s’opposent. Pareillement, d’ailleurs au sujet des îles Ryuku qui ne veulent pas des bases militaires japonaises et plus largement qui souhaitent être un archipel indépendant. C’est ce que lui explique son amie Yurika.
Comme dans le 1er tome, Yang reste profondément attachée à Taïwan qui vit au même moment une campagne très engagée pour le mariage homosexuel et qui devra se prononcer par referendum sur sa garantie dans le Code civil. Et tandis que J. s’active à animer les esprits, Yang culpabilise de ne « rien faire » pour la cause.
Ainsi, au gré de sa mélancolie, le récit va et vient entre les époques. Son amour pour J. et son engagement nous plonge dans le mouvement des tournesols, « le plus important mouvement de désobéissance civile », ou bien le portrait de Chang Nan-Jung qui a beaucoup milité pour l’indépendance de Taïwan, la liberté de la presse et des citoyens.
Forte de toutes ces luttes Yang poursuit la construction de sa propre émancipation, tant personnelle que politique. On apprend d’ailleurs beaucoup sur l’histoire récente de Taïwan. C’est, par exemple, le 1er pays asiatique à avoir légaliser le mariage homosexuel, en 2017. Un petit opuscule documentaire en fin d’ouvrage éclaire cette histoire récente.
Le dessin de Gao Yan est très réaliste. Réalisées au trait précis, ses vignettes s’enrichissent d’un grisé qui leur donne du relief. Peu d’action ici si ce n’est celle des luttes des Taïwanais pour la démocratie, la liberté et l’indépendance. Les gros plans sur les visages, les mains et les fleurs sont très réussis.
Un tome 3 est en préparation.
Dans le même temps, les éditions Casterman poursuivent la réédition de L’habitant de l’infini de Hiroaki Samura et en publie le tome 13 où l’hiver voit s’engager un affrontement aux limites de l’humanité.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
Sukima tome 2, scénario et dessin de Gao Yan, 15 X 21 cm, 288 pages, broché, 14,50 €, coll. Sakka, éd. Casterman. En librairie le 1er juillet 2026.
L’habitant de l’infini de Hiroaki Samura, tome 13, 448 pages, 13,95 €, éd. Casterman. En librairie le 1er juillet 2026.


