Œuvres en prose de Forough Farrokhzâd paraît aux Belles Lettres.

En Iran, immense poétesse que Forough Farrokhzâd. Toutefois, ce ne sont pas ses poèmes que nous présentent Les Belles Lettres, mais ses Œuvres en prose. Une somme de nombreux écrits et interviews.

Elle nait en 1934 à Téhéran dans une famille nombreuse, d’un père militaire et d’une mère au foyer, bien sûr. Par chance son père lui accorde le droit de lire sa bibliothèque. Dans l’Iran laïc de Rezâ Shah, elle accède à des études qui lui seront profitables. Elle s’inscrit en peinture et en couture à l’université. Cependant, elle est surtout à la recherche de son indépendance.

Sans finir son cursus, elle se marie et part à Ahvâz au Sud du pays pour suivre son mari. D’un tempérament rebelle et quelque peu instable, elle ne se satisfait guère de sa situation malgré la naissance de son fils Kâmyâr. Elle s’évade dans l’écriture poétique. Ce qui l’incite à repartir dans la capitale pour être publiée. Sur place, elle se plonge dans les milieux de la création, comme antidote d’une morne vie.

Cinq recueils voient le jour sous sa plume. Tous reconnus pour être d’une immense qualité. Ce qui la place parmi les plus grands écrivains iraniens du XXe siècle.

Toutefois dans le présent ouvrage, un seul poème est publié. Pas n’importe lequel, cependant, Le péché (1954), Gonâh. Celui-ci lui vaudra d’être cataloguée comme une épouse adultère. Ce qui n’a jamais été le cas, mais ne pardonne guère dans un pays traditionaliste.

La force de cet ouvrage nous immerge dans l’intimité de l’artiste grâce à une somme conséquente d’œuvres aussi diverses que maîtrisées. De nombreuses lettres nous révèlent sa force intérieure et sa volonté inébranlable d’être elle-même.

On apprend aussi, qu’elle réalise un court-métrage sur un site de lépreux. Cet engagement lui vaut une reconnaissance en Europe par l’intermédiaire d’un prix à un festival allemand de renom.

Diverses interviews ponctuent l’ouvrage. Elles nous donnent à comprendre les motivations profondes de Forough Farrokhzâd. Les mêmes que celles de son écriture, à savoir : la liberté guidée par une sensibilité exacerbée.

Assez différentes de ses poèmes dans la forme, mais pas dans le fond, plusieurs nouvelles sont révélées pour la première fois au public français. Elles constituent un angle d’approche de la nature humaine des plus novateurs dans cet Iran en train de se moderniser à marche forcée. Assez autobiographiques, sans doute, ces textes portent un regard sur la condition féminine, sans toutefois revendiquer être un porte-étendard. Il n’y a qu’à lire l’étonnant texte intitulé sans équivoque : « Je condamne les femmes ».

Elle veut être considérée pour elle-même, en tant que poétesse dans toute sa spécificité. Ses textes le revendiquent très clairement.

Une immense découverte donc que cette autrice qui a cherché à s’extraire d’un monde fonctionnant en vase clos pour s’élever au plus haut de son humanité.

Notons que les Belles Lettres publient deux ouvrages concernant l’Asie et plus particulièrement la Chine. La mauvaise herbe de Lu Xun et Le massacre de Nankin 1937 entre mémoire, oubli et négation de Michaël Prazan.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Œuvres en prose de Forough Farrokhzâd, 384 pages, 25,90 €, hors collection, éd. Belles Lettres.

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