Kumite / Mad Asia : interview croisée des 2 rédacteurs en chef

Le numéro 2 d’Eiga No Mura vient de paraître et force est de constater que la qualité du magazine (mise en page et contenu rédactionnel) est très largement supérieure au premier numéro. Petit magazine deviendra peut-être grand ! Dans un même temps, nous annoncions le mois dernier la reparution de Kumite, le plus ancien magazine de cinéma asiatique encore en activité, et tout le bien que nous en pensions.
Et bien les amateurs de Tsui Hark et consorts vont causer dans les chaumières car vient de paraître un troisième magazine : Mad Asia. A la rédaction en chef, on retrouve Julien Sévéon, connu pour sa passion immodérée pour le cinéma bis et ses connaissances en cinéma de Hong Kong, du Japon et des Philippines, et, à la rédaction une partie de l’équipe de Mad Movies.
Cette embellie peut ressembler à celle qu’ont connue les magazines manga, animation et Japon, il y a 3-4 ans. Certains ont disparu, d’autres ont modifié leur ligne éditoriale.
Pléthore de magazines ne peut nuire au fan, il aura désormais le choix.

Dixit l’édito d’Asie News de décembre 2005. 3 mois plus tard, le petit magazine n’est point devenu grand, puisqu’il n’existe plus. Exit Eiga no mura. 3 – 1 = 2
Il nous a semblé judicieux de faire le point sur le “petit” monde de la presse spécialisée cinéma asiatique. Nous avons adressé 5 questions à Charles Ferragut et à Julien Sévéon, respectivement rédacteurs en chef de Kumite et de Mad Asia, qui sont passés, pour le seul plaisir des lecteurs d’asiexpo.com, du statut d’intervieweurs à celui d’interviewés.

EIGA NO MURA :
Rédacteur en chef : Frédéric Sanchez
Nombre de collaborateurs : 9
Parution : Bimestrielle
Parution 1er numéro : novembre 2005
Numéros sortis : 2
Nombre de pages : 84
DVD : Non
Prix : 4,50 Euros

MAD ASIA :
Rédacteur en chef : Julien Sévéon
Nombre de collaborateurs : 9
Parution : Bimestrielle
Parution 1er numéro : novembre 2005
Numéros sortis : 2
Nombre de pages : 100
DVD : Au choix
Prix : 5,90 Euros seul ou 8,90 Euros avec DVD

1./ Pourquoi avoir créé un magazine dédié au cinéma asiatique ?

Kumite : Il n’existe pas de version de Kumite sans DVD – comme c’est le cas pour Mad Asia – pour la bonne raison que le magazine a été conçu pour accompagner le film. Même si aujourd’hui le processus a été inversé (Kumite est un magazine accompagné d’un DVD), vendre Kumite sans DVD est un risque financier. La raison d’être de Kumite est née de la volonté du directeur de l’édition d’exploiter un catalogue de films en kiosque. La ligne éditoriale du magazine a changé, pas sa distribution. Kumite est en vente deux mois avant de disparaître à jamais. L’abonnement et les commandes d’anciens numéros ne sont toujours pas à l’ordre du jour.

Mad Asia : Tout simplement pour parler de ce qui se fait en Extrême-Orient, sachant que l’actualité débordante des cinématographies asiatiques et la qualité d’un très grand nombre de films produits là bas méritent un magazine à lui tout seul pour pouvoir couvrir sérieusement le sujet.

2./ Quel est le concept du magazine ? Quel est votre lectorat ? Quels sont les pays, genres ou rubriques que vous mettez particulièrement en avant dans votre magazine ?

Kumite : Kumite traite en priorité de l’actualité du cinéma asiatique. Avec 68 pages tous les trois mois, il est difficile d’accorder de la place à la littérature, à la musique ou aux jeux vidéo sans faire de l’ombre au cinéma. Aujourd’hui, avec la multiplication des magazines et des sites Internet, la seule raison d’être de Kumite est de couvrir les festivals et de proposer un maximum d’interviews. Les news et les chroniques de DVD sont vite périmées à cause de la concurrence. Le lectorat est un mystère dans la mesure où aucune étude n’a été faite. Il n’y a pas non plus de courrier des lecteurs, et ce n’est pas les quelques réponses à nos jeux-concours qui peuvent nous éclairer. Il y a semble-t-il un nombre important de lectrices dont l’âge est variable. Malgré les amateurs d’arts martiaux à qui s’adresse l’essentiel des films proposés avec le magazine, Kumite n’est pas un complément de lecture de Karaté Bushido. L’actualité du cinéma d’arts martiaux est trop pauvre pour être limitée à un créneau sportif. La formule initiale de Kumite “Le Cinéma des Arts Martiaux” est depuis longtemps révolue. Ce changement s’est opéré en même temps que la découverte des productions coréennes et thaïes. L’évolution du cinéma coréen est pour beaucoup dans la mutation de Kumite. Cela nous a permis plus aisément de nous démarquer de ce qui avait déjà été fait dans le passé, notamment par HK Magazine.

Mad Asia : Le concept du magazine est simple : parler des cinémas d’Asie, tendance cinéma populaire. C’est donc le cinéma dit “de genre” (terme bien vaste) que l’on met en avant, même si cela ne nous empêche pas de parler d’oeuvres plus “art et essai”. Aucune discrimination au niveau des pays, on parle tout aussi bien du Japon, que de Hong Kong, des Philippines, de la Thaïlande, de l’Indonésie… Il y a bien trop à voir et à faire pour rester coincé sur un seul pays !
Pour le lectorat, il est trop tôt pour le dire, mais au vu du courrier reçu, ça brasse relativement large.

3./ Qu’est-ce qui vous distingue des autres magazines consacrés au cinéma asiatique ?

Kumite : La périodicité et la pagination ! Avec si peu de numéros et de pages, c’est à chaque fois du concentré d’informations. C’est un peu frustrant de passer son temps à décider de ce que l’on ne va pas pouvoir traiter faute de place. Il y a beaucoup d’interviews, peut-être un peu trop au goût de certains mais je n’ai jamais été fan de la critique quand celle-ci s’étend sur des pages et des pages. L’avis des autres est intéressant mais il y a des limites.

Mad Asia : Je ne connais que Kumite dans le domaine et je pense que nous sommes complémentaires dans notre approche.

4./ Comment percevez-vous actuellement la situation du cinéma asiatique en France ?

Kumite : Pour être franc, je ne vais plus beaucoup au cinéma, ça me gonfle. J’ai également du mal à me rendre dans les festivals. Je me fais vieux et je fatigue si le film ne me captive pas. En dehors de ces considérations embarrassantes, il y a un problème entre l’offre et la demande. Trop de films pour un public limité. La question se pose de façon encore plus flagrante avec les sorties massives de films directement en DVD. Il y a une inflation de titres alors que le marché n’est pas extensible. Pour un hit comme Ong Bak, combien de flops ? Le grand public n’est pas disposé à consommer des films asiatiques en grande quantité, car il y a déjà trop de films toutes nationalités confondues qui sortent sur les écrans.

Mad Asia : Pour l’instant, le cinéma asiatique en France ne se résume qu’au Japon, la Chine, Hong Kong et, à plus petite échelle, la Corée du Sud et la Thaïlande (même si Ong Bak a connu un beau succès). Il y a un véritable engouement pour certaines de ces cinématographies, c’est évident, mais l’on reste encore globalement dans une approche exotique de ces films. Alors que l’on dit que l’on va voir “un film” lorsque l’on parle de productions américaines, françaises, anglaises… on dit que l’on va voir “un film chinois” ou “un film japonais”. L’origine du film est toujours mise en avant en premier, avant de parler de ses qualités (ou ses défauts). Mais on ne peut qu’être satisfait de voir le nombre grandissant de films produits en Asie sortant actuellement au cinéma et/ou en vidéo, même si, hélas, les plus sombres bouses côtoient les chefs-d’oeuvre.

5./ Vos trois films asiatiques préférés ?

Kumite : Parmi les plus récents, Citizen Dog (Thaïlande), Welcome to Dongmakgol (Corée du Sud) et, même si ça date un peu, The taste of tea (Japon).

Mad Asia : Impossible de répondre ! En vrac quelques titres de films qui me viennent à l’esprit sur le moment (mais cette liste pourrait très bien changer selon mon humeur et le temps qu’il fait !) : A Toute Epreuve de John Woo, Autumn Moon de Clara Law, Ong Bak de Prachya Pinkaew, Nang Nak de Nonzee Nimibutr, Big Boss de Lo Wei, Deathrow de Joel Lamangan… La liste est sans fin.

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Pays : France

Bastian Meiresonne & Jean-Pierre Gimenez