Ile nue [L’] de Kaneto Shindo

Le pari d’un film sans aucune parole s’avère toujours risqué. Poussez le vice en intégrant un rythme particulièrement lent, et une répétition accrue des scènes et des plans, et vous obtiendrez à coup sûr un film soporifique.
Alors pourquoi n’est-ce pas le cas ici ? Shindo a pris le parti de montrer le dur labeur d’une famille cultivant sur leur petit îlot privé, devant sans cesse aller chercher de l’eau douce sur le continent, n’hésitant pas à répéter les scènes encore et encore afin de nous intégrer bel et bien dans le quotidien harassant de ses personnages. Privés de paroles, ces humains ne sont plus qu’une espèce animale parmi tant d’autres, vivant en communion avec la nature et subissant ses lois.
Quels que soient les difficultés et les malheurs il n’y a pas de temps ni de place pour se plaindre. Il faut seulement continuer encore et toujours. La fraternité de l’homme et de la nature est un thème cher à Shindo et qu’il réinterprètera trois ans plus tard avec Onibaba. Dans ces deux films la nature est un personnage à part entière. Et avec L’île nue c’est une sacrée leçon d’humilité qui nous est offerte. Ici la nature semble gigantesque et toute puissante tandis que l’homme n’est qu’une fourmi fragile et éphémère s’agitant en son sein, mais bien loin d’un regard cynique, c’est avec amour et compassion que Shindo dépeint ses personnages, saluant au passage leur simple courage de vivre et réalisant ainsi un chef-d’œuvre rarement aussi représentatif de la condition d’être humain.

Acteurs : Nobuko Otowa, Taiji Tonoyama, Shinji Tanaka

Éditeur :

Pays : Japon

Guillaume Tauveron