D’or et de colère de Karin Tanabe paraît chez Belfond.

Nous sommes en 1933, Jessie, l’épouse américaine de Victor Lesage veut quitter Paris. Elle incite donc son époux, lointain cousin des Michelin, à leur demander un poste à responsabilité dans l’entreprise familiale. Le couple part ainsi s’installer à Hanoï avec sa fille Lucie dans une grande demeure coloniale. Victor se retrouve, en effet, responsable des plantations de caoutchouc de son employeur.

Très vite, Jessie se lie d’amitié avec Marcelle une française expatriée. Bien qu’ayant suivi son mari, cette dernière n’en mène pas moins une vie amoureuse parallèle avec un riche autochtone, fervent nationaliste, qu’elle a connu à Paris.

Le quotidien de Jessie pourrait être des plus insouciants, entourée de tant félicité, si elle ne devait pas affronter des troubles de la mémoire de plus en plus inquiétants. D’autant qu’en France, elle a déjà été l’objet d’un pareil comportement. Ce qui a nécessité son internement en Suisse à la suite de son accouchement. Sans oublier toute la genèse, pas toujours avouable, qui l’a conduite dans les bras de son mari.

Dans ses moments de répit, elle l’aide en le soutenant moralement ou mieux encore, elle participe à des missions qu’il lui confie. Mais, sortie de son périmètre de sécurité de privilégiée, elle est très vite confrontée à la dure réalité du monde colonial. D’autant que des troubles fomentés par des nationalistes ou des communistes annamites mettent en péril, notamment, la mission de son mari.

Dans l’ombre, en effet, une sourde menace échafaudée par son entourage est à l’œuvre pour disloquer son univers. Pourra-t-elle longtemps épargner sa famille sans trahir ses propres idéaux dans ces contrées de plus en plus explosives ?

Dans ce roman historique et intimiste, Karin Tanabe nous fait partager le double ressenti de Jessie et de Marcelle. Cela durant les 4 mois de présence du couple Lesage en Indochine. Par petites touches, l’autrice nous révèle la situation bien peu idyllique des indigènes. Sans prendre partie, elle nous expose, dans un style limpide et précis, le point de vue des deux composantes irréconciliables de la situation locale au travers de ce duo d’« amies ». Les femmes, en général, agissent beaucoup, dans ce récit. Elles en sont le moteur au travers de multiples figures. Outre les deux héroïnes, la mère de Victor ou la servante Triêu sont intrigantes…

Le livre nous éclaire sur les prémices d’un des conflits les plus longs en Asie. Cela, au travers des affres et des aspirations d’individus pas toujours conscients de la réalité qui se propage autour d’eux. On reconnaît bien là l’ancienne journaliste de la revue Politico !C’est son cinquième roman, le premier traduit en France. Nous attendons les autres avec impatience !

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

D’or et de colère, Karin Tanabe , roman traduit de l’anglais (États-Unis) par Laureline Chaplain, 432 p., 22€, coll. Le Cercle, éd. Belfond. En librairie le 3 juin.