Yon T. 3 de Camille Broutin paraît aujourd’hui chez Dargaud.

Le pensionnat disciplinaire pour jeunes filles où est scolarisée Margot est le théâtre de bien étranges phénomènes. De petites billes blanches sont tombées un jour du ciel et se transforment. Elles menacent de faire disparaître les bâtiments et leurs pensionnaires. Les jeunes filles sont livrées à elles-mêmes, les adultes ayant tous fui dès le début du phénomène.

Dans ce 3ème tome de Yon, les clans sont bien établis. Celui de Dan compte 23 élèves, a investi le dortoir et s’occupe de la literie. Margot, quant à elle, veille sur 6 congénères dans le bâtiment désaffecté et a la main sur les vivres. Chaque jour, un troc s’opère selon un ordonnancement très précis, à l’abri des dessins d’Olga, toujours seuls à pouvoir les protéger.

La tension, palpable dans la crispation des visages à chaque confrontation, est à son paroxysme. Mais tout clan a besoin de l’autre. Les cheffes rivalisent de ruses pour que son camp s’impose. Et un jour Dan propose de faire la paix. Sera-t-elle possible après tant d’oppositions, de pièges et de trahisons ?

Margot, l’héroïne discrète qui a su se faire des alliées fait toujours preuve de réflexion, d’observation, de déduction et tente des solutions. Elle mène de front organisation et expérience pour, non seulement, limiter les dégâts des petites billes mais aussi contrer la malignité de ses adversaires.

En digne héritière de William Golding et son Lord of the flies ou, plus proche de L’école emportée de Kazuo Umezo Camille Broutin connaît bien la psyché adolescente. Elle a cependant son propre univers. À la fois très réaliste dans sa présentation des lieux, situations ou personnages, fantastique avec l’apparition de ces « créatures » menaçantes et même dystopique avec cet « extérieur » dont, comme les héroïnes, le lecteur ne perçoit rien ou presque.

La jeune artiste de 28 ans, c’est son 1er manga, montre déjà une formidable maîtrise du genre et de la narration. Elle donne à son huis clos oppressant une force très expressive qui ouvre la réflexion. La violence des différents clans entre eux apporte une tension extrême, en noir et gris, contrebalancée par des moments de poésie pure, où le blanc domine. Quand la petite Olga pense, dessine et apprend même à dessiner à Margot, qui veut comprendre. Les cadrages sont époustouflants, révélant groupes ou individualités. Les Inrockuptibles ne s’y sont pas trompés qui lui ont décerné le prix du meilleur manga 2025.

Le dernier tome de la tétralogie est pour septembre prochain !

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Yon T. 3 de Camille Broutin,304 pages, 13,50 €, label Combo, éd. Dargaud. En librairie le 24 avril 2026.

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