Psalmanaazaar de Raphaël Baud vient de paraître aux Belles Lettres.

Quelles que soient les époques, l’Asie a toujours été un mythe pour l’Occident. À tel point qu’au début du XVIIIè siècle, un Provençal endosse le rôle d’un Japonais venant de Formose (l’île fameuse des Portugais – la isla famosa, Taïwan, désormais) (1). C’est cette extravagante, mais réelle supercherie que nous dévoile Raphaël Baud dans son pittoresque roman Psalmanaazaar.

Nous y suivons Nicolas Fiaste dans sa remontée de l’Europe jusqu’à Londres. Là où un religieux anglican l’amène pour se servir de lui.

Doué pour les langues et muni d’une imagination débordante, le jeune homme fait illusion dans son rôle durant quelques années. Il consigne même les particularités de « son pays » dans un livre édité dans la capitale anglaise. Il y obtient un certain succès et crée même un alphabet sensé retranscrire sa langue.

Cependant, assez cossard et vaniteux, selon les dires de son valet Antide, qui nous conte cette aventure, notre héros surenchérit dans son mensonge jusqu’à atteindre les limites de la crédibilité.

Pourtant de nombreux savants adhèrent avec enthousiasme à sa fable. Jusqu’à l’université d’Oxford qui lui accorde une reconnaissance incontestée. Mais quelques sceptiques émettent des réserves et notamment le célèbre astronome, Halley, celui de la fameuse comète. Par des calculs géographiques irréfutables, il déjoue les dires du mythomane.

Petit à petit, l’engouement pour le Japonais s’estompe à son grand dam. Puis, face à cette situation, il finit par se libérer du carcan qui l’enserre en avouant sa supercherie.

Le pittoresque de cette histoire vraie repose sur l’ignorance en Occident de la réalité de l’Extrême Orient à cette époque. Sans parler du talent de Nicolas Fiaste pour incarner un rôle de composition au mieux de ses intérêts.

Les personnages sont judicieusement décrits renforcent la véracité du propos.

De plus, le langage suranné employé par l’auteur afin d’imiter celui de l’époque plonge le lecteur au cœur des vicissitudes du protagoniste. Il se trouve ainsi entraîné avec ravissement dans la supercherie.

L’intérêt du livre repose aussi sur les descriptions des ravages causés par les incessantes guerres menées par Louis XIV jusqu’à la paix d’Augsbourg (1688-1697) avant celle de succession d’Espagne (1701-1714).

Notons, également, un important livret documentaire en fin d’ouvrage qui avalise cette histoire saugrenue, mais irréfutable.

Une œuvre vivifiante donc pour se projeter vers une recherche argumentée de la connaissance à l’orée des grandes découvertes européennes.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) lire notre chronique : https://asiexpo.fr/europeens-et-japonais-de-luis-frois-est-reedite-chez-chandeigne/

Psalmanaazaar de Raphaël Baud, 275 pages, 21 €, éd. Belles Lettres

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