On a marché dans Pyongyang d’Abel Meiers publié chez Ginkgo éditeur.

Expérience peu banale que celle de cet ingénieur qui fait une demande d’emploi auprès d’une ONG qui l’envoie en République populaire démocratique de Corée pour une mission d’un an… Pile au moment de la mort de Kim Jong-il. C’est la conjonction de la petite et de la grande Histoire qui motive Abel Meiers à en faire un roman. En effet, il arrive en Corée du Nord pour Noël 2011 qu’il doit fêter avec les autres représentants étrangers des différentes ONG et ambassades… Mais tous sont réquisitionnés et mis en avant par le Régime pour les cérémonies de deuil, défilés et autres hommages jusqu’à l’enterrement du « Grand Leader » considéré comme un dieu « mort de surmenage » tant il a fait pour son peuple et le rayonnement mondial de son pays !.

Suit alors son installation dans le compound où sont logés tous les expatriés, qui essaient de recréer une petite société dans un confort très relatif et en étant surveillés à l’entrée par un garde armé d’un téléphone rouge ! Chargé d’améliorer les rendements d’une ferme qui produit 60 cochons par an, il doit la mener à 1000 avec juste un tracteur en plus offert par l’occident ! Il faudrait encore qu’on y ajoute le gasoil ! Parallèlement sa femme arrive avec leurs deux fils et s’installe avec lui. C’est là qu’émergent encore plus franchement toutes les aberrations du système : un restaurant reçoit ses hôtes avec 5° dans la salle, à la piscine, quand on veut plonger du plongeoir de 10 mètres, on prend un ascenseur dont les plans ont été conçus par le « Grand Leader ».

 

Bien évidemment l’intérêt du livre tient dans le choc de société, la famille Meiers, telle un Candide voulant sauver le monde se rend compte qu’elle est plutôt au pays d’Ubu et que l’on se sert d’elle pour donner de la nation une image dynamique, allant toujours de l’avant. La réalité est à saisir au quotidien : des milliers de Coréens sont sommés de venir casser la glace pour faire passer les rares voitures qui roulent sous peine de sanctions immédiates : un aller simple pour un camp !

 

Le style tient du journal, il est sobre, sans jugement, et plutôt bienveillant puisque l’ingénieur était volontaire. Des notes d’humour parsèment le récit notamment avec le traducteur qui fait le lien avec cette société impénétrable et un occident qu’il connaît bien puisqu’il parle un français parfait… appris à Pyongyang.

 

Si vous voulez vous dépayser, n’hésitez pas : après la lecture d’Abel Meiers, Pyongyang est la destination qu’il vous faut !

 

Camille DOUZELET