Les Lherbes de l’éternité de Kamisaka Sekka aux éditions Philippe Picquier

Kamisaka Sekka est un artiste peintre, dessinateur de la fin du 19è et début du 20è siècles, appartenant au courant décoratif Rinpa. Cette école fait grand usage de l’or et de l’argent associés à des couleurs vives et a pour sujet la nature et les classiques. Mais Kamisaka Sekka en supprime toutes les fioritures, notamment l’or et l’argent, et simplifie les formes par de grands aplats de couleurs pastel. Il aboutit ainsi à un style dépouillé, très moderne, proche de celui des Nabis en Europe où il a fait quelques séjours et participé à plusieurs Expositions universelles. Il a d’ailleurs obtenu, à celle de Paris en 1900, une médaille d’or pour la décoration d’un cabinet.

Le livre que proposent les éditions Picquier est la compilation de trois ouvrages édités au Japon, par ses soins, au début du 20è siècle. Il rassemble ses œuvres de décoration qui ont pour finalité première d’être utilisées par l’industrie textile pour les kimonos par exemple, mais aussi pour la décoration comme celle des portes coulissantes du Sôkaden du temple Shôren-in de Kyôto.

C’est un ouvrage pleines pages où les reproductions sont de très grande qualité : on peut parfois regretter, cependant, le choix de doubles pages qui coupent le sujet et cassent l’harmonie de l’œuvre. Un éventail très large de sujets qui, bien que traditionnels comme les plantes, les animaux, sont revisités de façon dynamique et moderne, par des cadrages osés, des points de vue en plongée ou des œuvres totalement dépouillées, proches de l’abstraction. Les tons donnés par les encres xylographiées, bien que mats, donnent un effet surréel du fait de grands aplats de couleurs peu usitées dans la gravure japonaise.

La présentation de Manuela Moscatiello est toujours parfaite : sobre et didactique sans être envahissante. En fin d’ouvrage, son descriptif détaillé des gravures permet de mieux saisir le contexte de chacune d’elle. Belle découverte !

Camille DOUZELET