Le Vieux Journal de Lee Seung-U

Le Vieux Journal est un recueil de huit nouvelles qui explore la psyché humaine à travers des personnages vivant des situations plus ou moins tragiques.

Introspection. C’est le maitre-mot de ce recueil. Lee Seung-U décrit en effet sans excès et avec un sens aigu du détail les ressentis (incertitudes, angoisses, désespoir, mélancolie, tristesse, regrets) les plus subtiles de ses personnages face aux situations auxquelles ils sont confrontés (rupture, licenciement, maladie, deuil).
La première nouvelle, intitulée également « Le Vieux Journal », est sans conteste la plus réussie de ce point de vue là, tant la force d’émotivité est grande. Sans doute parce que dans cette histoire de deux cousins ; Kyu, poète raté, publie le journal intime de Changki à son insu et révèle ainsi l’auteur talentueux qui s’ignorait ; il y a une part biographique importante.
La littérature et l’écriture, on les retrouve d’ailleurs aussi dans les nouvelles « Le lecteur » et « La chambre ». Face aux difficultés de la vie, elles sont salvatrices. Dans « La chambre », quand la vie familiale du personnage principal s’écroule, il trouve refuge dans l’écriture. La nouvelle « Le lecteur » narre quant à elle le morne quotidien d’un chômeur, devenu par conséquent homme au foyer, et de sa renaissance lorsqu’il se découvre un don, celui de raconter des histoires.
Chez Lee Seung-U, la tragédie se décline dans l’absurdité ; un jeune autiste préfère retourner dans un établissement de soins aux méthodes douteuses plutôt que de rester au sein d’une famille qui ne se préoccupe pas de son état ; et la résurgence du passé que l’on a tenté d’oublier (« Porté disparu » à l’occasion d’un accident et « Du côté de Jongnamjin ou l’enterrement dans le vent » pour accomplir les dernières volontés d’un défunt).
Si Le Vieux Journal offre une écriture vive et un style très travaillé, le jeu sur la temporalité narrative embrouille parfois inutilement le lecteur. Et si le genre de la nouvelle est très populaire en Corée, chacun des récits aurait pu, au vue de leur puissance romanesque, faire l’objet d’une petite œuvre à part entière.

Éditeur : Serge Safran

Pays : Corée du Sud

Magalie FREY