La nuit du hibou de Hye-Young Pyun paraît chez Rivages/Noir.

Après La loi des lignes (1), son thriller existentiel sur la pauvreté, l’autrice coréenne nous livre une enquête sur des faits bien étranges. La nuit du hibou nous transporte, en effet, dans un village de montagne dominé par une forêt immense. Des gens y disparaissent. Et c’est ce qui y amène l’avocat Lee Ha-in. Il est à la recherche de son frère qui a disparu. Il aurait travaillé comme garde forestier dans cette forêt très sombre. Son enquête s’arrête bien vite car il est nuitamment fauché par un camion en sortant du bar où il avait rendez-vous avec M. Jin un haut personnage du lieu.

L’actuel garde forestier, Park In-su, en poste depuis 15 jours seulement n’est pas à l’aise. Il ne comprend pas très bien pourquoi il a été embauché. En réalité il n’y a rien à faire. Plus personne ou presque ne vient ici car l’Institut national de recherche géographique installé il y a plusieurs années a été délocalisé. C’est lui qui faisait vivre le village, l’animait. Maintenant, seuls les bucherons viennent s’enivrer au bar.

Park In-su est un alcoolique. Sobre depuis une soixantaine de jours, il va replonger. Est-ce cet état d’ébriété qui lui fait entendre des bruits étranges venant de la forêt et qui lui fait ressentir une angoisse aiguë face à elle ? Ou bien les disparitions sont-elles liées à ces camions qui fendent la nuit sans s’arrêter ?

Comme dans La loi des lignes, La grande habileté de Hye-Young Pyun est de distiller ses informations par l’utilisation du point de vue interne alterné des différents personnages. Le lecteur entre ainsi dans la psyché de chacun. Et les 2 thèmes récurrents sont l’alcool et l’endettement. Les mécanismes à l’œuvre dans la société coréenne, la marginalisation qui s’opère très vite ainsi que la récupération que peuvent en faire certains et les illusions des plus naïfs. Voilà tout ce qui affeure à travers ce récit de genre.

Car il s’agit bien là d’un roman d’épouvante. L’autrice connaît par cœur tout le champ lexical du fantastique, ce balancement entre la banalité du quotidien et l’angoisse qui provient de la nuit. La forêt devient un personnage à part entière. Elle « semblait carbonisée tant elle était noire » comme une force sombre qui engloutit ceux qui s’y aventurent. Hye-Young Pyun excelle dans cette écriture de l’entre deux et le lecteur vacille. Il balance continuellement entre deux interprétations, à l’instar d’In-su perclus de douleur, qui croit dur comme fer qu’il n’a pas bu, qu’il s’est blessé, et puis qui doute.

On reconnaît bien là, sous la maîtrise parfaite de l’écriture de genre, la touche sociétale chère à l’autrice.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Lire notre chronique sur ce livre : https://asiexpo.fr/la-loi-des-lignes-de-hye-young-pyun-parait-chez-rivages-noir/

La nuit du hibou, Hye-Young Pyun, roman traduit du coréen par Lee Tae-Yeon et Pascale Roux, 304 p.,22 € éd. Rivages/Noir. En librairie le 1er juin.