La mère du révérend Jôjin, un malheur absolu paraît en Folio Sagesses.

Japon, fin XIè siècle. Le révérend Jôjin est un religieux haut placé et respecté dans la hiérarchie impériale. Selon la tradition bouddhiste, il se rend en Chine pour son pèlerinage au temple . Il quitte alors sa vieille mère éplorée. Elle décide donc de tenir son journal intime. Pendant une brève période de sa vie, la dernière, de 1071 jusqu’à l’automne 1073, probable date de sa mort. Il s’agit d’un Nikki (1). C’est un journal intime en prose, ponctué par de 174 waka : des quintains et un seul choka : un poème long, selon la tradition de l’époque.

Elle y relate tout son désespoir. « Celui qui m’a quittée / pour ce long voyage / à la Chine d’un habit de Chine revêtu / jusqu’à tant que me voir il revienne / serai-je encore en ce monde ?

Avec grand plaisir, on remarque dans la traduction, plusieurs possibilités simultanées de lecture. Démontrant par là même la subtilité et la richesse des sentiments exprimés. C’était en effet une tradition, chez les aristocrates, de communiquer par poèmes interposés.

En effet, les femmes de la noblesse recevaient une éducation raffinée et cultivée afin de servir de monnaie d’échange entre les transactions patriarcales. Les alliances stratégiques se contractaient par mariages…

Outre l’intérêt historique, l’ouvrage a ainsi une qualité poétique indéniable bien qu’uniquement centré sur le désespoir d’une vieille femme. Elle va d’ailleurs jusqu’à regretter d’être encore en vie. «  Ah que j’aspire à me poser / sur un lotus / qui soit surnaturel / toute tendue que je sois vers ce Seigneur / qu’il n’est moyen de revoir ! »

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) voir notre chronique sur Le journal de Tosa : https://asiexpo.fr/le-journal-de-tosa-parait-chez-verdier/

La mère du révérend Jôjin, un malheur absolu traduit du japonais par Bernard Frank, édition établie et annotée par F. Hérail et J. Pigeot, Folio Sagesses n°6622, 112 pages, 3,50€. Paru le 4 avril 2019.