Interview du groupe Syl Nuvaanu

Syl Nuvaanu, invités du 2e Lyon JMusic Festival est un trio composé de Tsutomu Kawasaki (chant, danse, shamisen), David Michelet (guitare) et de Fatal Error (percussions) métissant flamenco et musique japonaise.

Que pensez-vous de la musique à l’heure actuelle en France?
Fatal Error : Il n’y a plus personne qui chante, à Noël par exemple. A l’époque de Jean-Sébastien Bach, tout le monde chantait. En France, pour moi la musique est cliniquement morte. Mais il y a des pays comme l’Irlande où les gens qui sortent du boulot vont chanter au pub.

Comme en Espagne ?
Fatal Error : Oui l’Espagne, c’est pareil. Souvent, dans les pays du sud, là ou il fait chaud, ils sortent tous les soirs. En France, la musique n’est basée que sur la consommation. Il n’y a plus de culture. Il y a 3 ou 4 personnes qui chantent par ci par là. Quand il faut chanter joyeux anniversaire à un copain, tous le monde est déjà mal. La musique est totalement en dehors de nos vies.

Il y a beaucoup de diversité au sein de la programmation d’Asiexpo (pas seulement musicale), il en est de même pour Syl Nuvaanu . Pouvez-vous vous présenter ?
Tsutomu Kawasaki : Je m’appelle Tsutomu Kawasaki, je viens du Japon et j’ai commencé par la danse flamenco.

Quand êtes vous arrivé en France ?
Tsutomu Kawasaki : Je suis partie du Japon pour apprendre le flamenco en Espagne, avant d’arriver en France.

C’est répandu au Japon le flamenco ?
Tsutomu Kawasaki : Oui.

A quel âge avez-vous commencé ?
Tsutomu Kawasaki : 9 ans. Je suis partie à Séville dans une école de danse où j’ai travaillé 8h par jour. J’ai rencontré un guitariste français, David (qui est assis à côté). Il m’a proposé de faire un concert en France, et finalement je ne suis pas retournée en Espagne.

Qu’est-ce qui vous a donné l’amour du flamenco, pourtant très éloigné de la culture japonaise ?
Tsutomu Kawasaki : Je ne sais pas. Peut-être la danse traditionnelle japonaise, pourtant différente car on ne bouge pas beaucoup, c’est plutôt intérieur. J’aime bien les contraires comme le flamenco qui est plus basé sur de la colère, c’est plus expressif.

On vous a vu aux commandes d’un instrument bien particulier. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ?
Fatal Error : Moi je suis aux percussions. Je suis là accessoirement. J’avais un studio où je chantais et qui tombait à la renverse. Au départ je voulais produire le disque de Syl Nuvaanu. Un jour, David m’a appelé et m’a proposé de venir jouer avec lui. Le problème, c’est que moi je n’étais pas du même style ; je viens du rock, j’ai fait de la musique africaine, du rap. Je n’y connaissais rien du tout au flamenco. Ce qu’on fait, ce n’est plus trop du flamenco. C’est une base. On a du mal à le définir : c’est ni du traditionnel japonais, ni du flamenco traditionnel. On mélange toutes nos inspirations.
Les percussions ont participé à créer l’unité du groupe, et j’en joue plus comme une batterie que comme des percussions. Mais je ne me sens pas plus percussionniste que cela. En revanche, je me sens le percussionniste de Syl Nuvaanu, ça oui !

Est-ce que vous lui avez donné un nom à cet instrument ?
Fatal Error : Oui, mais je ne peux pas le dire, je risque de me fâcher avec quelqu’un (rires).

D’où vient le nom « Syl Nuvaanu » ?
David : On ne peut pas non plus. C’est notre deuxième secret !

Y’a-t-il des influences qui forment ce son si particulier ?
David : Il y a plein de groupes. Jean-Sébastien Bach, les rythmiques flamenco… J’utilise ce que j’ai appris au flamenco, même si ce n’est pas réellement du flamenco. En fait, Nous n’écoutons que très peu de musique. Comme il n’y a rien de nouveau, on a vite fait de revenir au point de départ.
En ce moment, nous écoutons un artiste paraguayen, mais tout nous intéresse à partir du moment où il y a une étincelle qui fait que le son n’est pas conventionné. Le problème à l’heure actuelle, c’est qu’il y a une césure de la musique. Tout le monde cherche à ressembler à quelqu’un. Nous ferions mieux de nous dire : « qu’est ce que j’ai envie d’entendre ? »
A ce niveau, nous sommes atypiques. J’adore le flamenco, ceux qui en font, mais il faut vivre en permanence à l’intérieur pour que ce soit vivable. Si l’on n’est pas dedans en permanence, on n’a que les effets négatifs. J’habite en Bourgogne, donc ça ne représente aucun intérêt de le faire là-bas.
Tsutomu Kawasaki : C’est comme la danse. Tu peux adorer regarder du flamenco, mais tu ne peux pas danser comme les danseuses espagnoles. Je n’ai pas le même physique, ni le même vécu. Je ne suis pas née dedans. Et puis maintenant c’est un peu stressant, on est loin de l’Espagne. La musique flamenco, elle est vibrante en Espagne. En France, elle ne vit pas. En revanche, pour entrer dans le milieu flamenco en Espagne, contrairement à la France.

Ce mélange fonctionne plutôt bien. Vous chantez en quelle langue ?
Tsutomu Kawasaki : En japonais.

Et pour vous Fatal Error, peut-on parler de Slam ?
Fatal Error : J’écris mes textes en fonction de ce que chante Tsutomu, mais cela sert juste de complément. En parlant de Slam, honnêtement, à part un Slam africain, ça ne m’a jamais plu. Je préfère de très loin le rap.
Donc est-ce que je fais du Slam, je ne sais pas. Mais encore une fois, je n’appartiens pas au clan des « slameurs » vu que je n’aime pas. Je fais mes textes et je les dis à ma manière. On ne sait pas trop ce que l’on fait, cela donne ce son. Trois autres personnes en feraient un autre. On est en dehors de tous codes, toutes appartenances, et c’est un de nos soucis car les programmateurs sont très frileux en France. Si tu n’a pas une étiquette bien précise, on ne sait pas qui tu es, et cela inquiète. Au final, les gens nous donnent l’étiquette « flamenco nippon », mais je connais beaucoup de gens que ça fait reculer et qui se disent « on va entendre un chant japonais un peu guttural ».

Nous c’est un son qui nous a séduits. Quels sont vos projets ?
Fatal Error : Une tournée. Nous allons voyager en Espagne, en Belgique, et au Japon. On fera également la première partie de Mano Solo à l’Olympia le 12 Novembre prochain, c’est une petite récompense.

Vous avez rencontré Mano Solo ?
On l’a rencontré sur une radio, on a joué et il a bien aimé. Il voulait qu’on fasse ses premières parties mais sa tournée était déjà organisée. Vu qu’il sort un nouvel album et commence par l’Olympia, il nous a fait un joli cadeau.

Interview réalisée par Gaetan Margirier
Retranscription : Matthieu Plotard
Photos : Maxime Roccisano

2e Lyon Jmusic Festival, Mai 2009.

Pays : France/Japon

Gaëtan Margirier