Capitalisme : une histoire de fantômes d’Arundhati Roy publié chez Gallimard

La romancière, essayiste et activiste indienne Arundhati Roy est doublement présente sur la scène militante : elle publie un essai sur les ravages du néolibéralisme en Inde « Capitalisme : une histoire de fantômes » et, avec l’acteur américain John Cusack, une réflexion sur le militantisme et la résistance après leurs rencontres successives avec Julian Assange puis avec Edward Snowden : « Que devons-nous aimer ? A la rencontre d’Edward Snowden : essais et conversations ». Le tout aux éditions Gallimard.

Dans le premier ouvrage, on apprend dans différents articles comment le gouvernement indien a mis en place un système néo-libéral directement venu des universités américaines où a étudié la classe moyenne. La répercussion de ce système induit l’expropriation des paysans de leurs terres. Ceux-ci se retrouvent dans des bidonvilles pour que les dirigeants de grosses sociétés puissent installer des mines, des barrages et autres industries polluantes et exploiteuses de main d’œuvre bon marché. Ce qui induit aussi une révolte d’une partie des paysans qui se retrouvent dans des guérillas maoïstes dans le centre de l’Inde. Cette région se retrouve en état de guerre permanente sachant que la police et l’armée sont chargées des expropriations.

Ce système néolibéral est directement imposé par des fondations financées par les grosses sociétés américaines. Elles délèguent des ONG sur place pour apporter une aide réelle aux populations ; mais en contrepartie, sournoisement, elles leur distillent ce néolibéralisme qui est à l’opposé des traditions indiennes. Leur mainmise repose sur trois axes : la politique économique étrangère, la politique économique intérieure, les institutions scolaires et pédagogiques essentiellement tournées vers la classe moyenne.

Ces fondations pervertissent systématiquement le fondement de tout combat en l’achetant par des écoles, des aides diverses et variées et en le ramenant systématiquement à une vision néolibérale. Suite à sa visite au Cashemire, zone militarisée à outrance, une manifestation féministe libérale indienne a cherché à faire arrêter Arundhati Roy !

Le deuxième opus reprend quelques thèmes comme les fondations plus celui des lanceurs d’alerte auquel Arundhati pourrait se rattacher. C’est une discussion qui permet de rapprocher Snowden et son aîné Daniel Ellsberg qui, en son temps, avait dénoncé le comportement génocidaire du gouvernement américain sur le Nord-Vietnam.

Camille DOUZELET

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