LA VIE EN DOLL (—) tome 1 de Junya INOUE (2013)

mangas

Alors que les aventures de BTOOOM! se poursuivent à rythme relativement régulier, les éditions Glénat font une nouvelle fois confiance au mangaka Junya Inoue avec La vie en Doll, titre lancé en 2013 au Japon. Par ce titre, l’auteur renoue avec le fantastique comme dans le désormais lointain Otogi Matsuri, mais ici point de folklore nippon : place à des inspirations plus européennes.

L’histoire est celle de Kasumi Haruno, collégienne de 14 ans considérée comme la « fille bizarre » de la classe. Victime des moqueries de ses camarades, la demoiselle se réfugie dans la lecture d’ouvrages psychologiques. Elle se veut bien loin des préoccupations des filles de son âge, ce qui ne l’empêche pas d’être amoureuse du plus beau garçon de la classe. Un jour, elle reçoit un étrange paquet, envoyé par son père pourtant porté disparu depuis plusieurs années ; le colis contient un miroir et une bague. Elle enfile la seconde mais n’arrive plus à la retirer, quant au miroir, il lui arrive de renvoyer un reflet désynchronisé… jusqu’à faire naître en elle une deuxième personnalité, beaucoup plus libérée ! Mais Kasumi ignore que ces deux objets sont recherchés par d’obscurs individus venus d’Europe de l’Est, qui ne tarderont pas à retrouver leur trace…

Le titre de l’œuvre et la couverture de ce premier volume donnent le ton : La vie en Doll nous présente des héroïnes au physique très juvénile, parées de tenues riches en dentelles et froufrous. Junya Inoue a déjà souvent mis en scène des seconds rôles avec un tel physique, dans de situations parfois très équivoques, notamment dans BTOOOM !. Pour l’heure, l’écueil du fan-service glauque est encore évité dans ce premier tome. Il aurait été facile pour l’auteur de tomber à nouveau dans ce travers, mais le titre semble aussi s’adresser à un public jeune. Dans cette introduction, on se concentre ainsi sur l’exposition des différents personnages et éléments, et sur l’action avec une première confrontation musclée entre Kasumi et ses antagonistes.

Cette entrée en matière n’a pour l’instant pas grand-chose de bien original, et pourra faire penser à bon nombre d’œuvres antérieures. Mais la série se distingue sur un point : le caractère de son héroïne. Là où d’autres auteurs auraient présenté une protagoniste plus victimisée ou effacée, Kasumi méprise complètement son entourage, qui le lui rend bien ; à l’exception d’Emi, sa meilleure amie qui sert surtout à lui renvoyer la réplique. Son contexte familial n’est guère plus réjouissant, entre un père absent et une mère négligée se réfugiant dans l’alcool. L’auteur a peut-être voulu renforcer l’identification pour certains lecteurs, mais il résulte de tout cela une atmosphère somme toute négative, rendant les personnages assez détestables. C’est au point que la différence entre Kasumi et sa deuxième personnalité ne sera pas si flagrante que ça, à peine sera-t-elle plus extravertie et sûre d’elle.

Côté narration, les fans du mangaka retrouveront son dynamisme dans les séquences d’action, renforcées par de nombreux effets pyrotechniques (éclairs, explosions) et effets de flous géré par ordinateur. Mais aussi son graphisme assez froid, ce qui n’arrangera pas l’empathie que l’on pourra ressentir au fil de la lecture.

En définitive, au vu du thème avancé et du passif de l’auteur, nous aurions pu craindre le pire avec La vie en Doll. Et nous découvrons finalement un récit somme toute divertissant, mais aussi profondément banal. Il s’adressera avant tout à un public de niche, mais même ce public n’y trouvera pas forcément son compte. Du moins, cela semble avoir été le cas au Japon, la série s’étant achevée au bout de quatre volumes seulement. Sans crier à la chasse aux sorcières, ce titre manque ainsi singulièrement de magie.

LA VIE EN DOLL (—) tome 1 de Junya INOUE (2013)

Action/Fantastique, Japon, Glénat – Shonen, septembre 2016, 228 pages, livre broché 7,60 euros

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