Unlucky Young Men de Kamui Fujiwara (dessin) et Eiji Otsuka (scénario) chez Latitudes.

Ce seinen nous plonge dans le Japon troublé par la jeunesse révolutionnaire de 1968. Tout, ou presque y est historique, à commencer par ses personnages. Norio Nagayama, N essaie d’échapper à son passé criminel en venant à Tokyo. Il se fait engager comme barman au Village Vanguard et y rencontre le jeune comique sans succès Takeshi Kitano, T qui écrit un scénario : Unlucky Young Men. Son titre est le nom d’un trio de jazz apparaissant dans le roman Notre époque  de Kenzaburo Oé. C’est l’histoire d’une jeunesse désabusée et prête à tout pour réaliser ses rêves à l’image de nos deux héros qui planifient l’attaque d’un fourgon qui ne transporte pas moins de 300 millions de yens !

Avec ces 357 pages on apprend beaucoup de cette fin des années 60, de la tension palpable qui règne chez cette jeunesse bouillonnante avec une violence latente toujours prête à exploser. Mais plus encore que le scénario car il est, à vrai dire, assez lent à démarrer, c’est l’ambiance, l’atmosphère qui sont remarquables dans ce manga. Il n’y a pas beaucoup d’action, il est vrai, c’est plus une réflexion. Les dessins adoptent un trait réaliste, dense avec de nombreux aplats et des trames. On se croirait presque dans un film noir des années 50 ! C’est sans doute le mode opératoire de Kamui Fujiwara qui y est pour quelque chose : en effet, il a tiré un 1er story-board du scénario d’Eiji Otsuka puis chaque case de ce story-board a été photographiée en caméra fixe avec de vrais acteurs. Le dessinateur a ensuite réalisé ses dessins à partir de ces photos. On a vraiment l’impression de lire un film par moment !

La poésie n’est pas en reste car l’ouvrage est ponctué de poèmes de Takuboku Ishikawa, un jeune poète de la fin du XIXè siècle qu’on a souvent appelé le Rimbaud japonais ou le poète de la tristesse, c’était un spécialiste du Tanka, une forme courte et sans rimes. Ces poèmes enrichissent encore ces Unlucky Young Men !

Une oeuvre décidément riche, très réussie et l’on attend le 2ème tome avec grand intérêt !

 

Camille DOUZELET