Une voix soudaine de Taeko Kôno

Naissance d’une folie : Ukiko parle à son père. Normal … sauf que celui-ci est mort. Ce père dont elle avait tant peur enfant et qu’elle a accompagné à sa mort. Aujourd’hui, elle cherche dans ses apparitions un soutien à ses choix. Quand son mari la pousse sur le palier de la maison, tout va basculer : une parole de son père (“Essaie jusqu’à trois !”) et l’engrenage sera lancé : Ukiko tuera sa mère, un enfant et un inconnu.
La clé du livre est peut-être ce passage où Ukiko se souvient de la visite de son appartement avec son mari : leurs chaussures avaient été volées et elle s’était dit alors qu’elle était une va-nu-pieds, qu’elle perdait pied. Son père avait semblé lui souffler que sa relation avec son mari ne trouverait aucune issue tant qu’ils n’auraient pas perdu pied. Symbole du couple qui dégénère, pressentiment de l’avenir.

Comme à son habitude, Taeko Kôno (“Sang et coquillage”) emploie un style simple et impersonnel et prend tout son temps pour décrire son personnage si bien que l’écrivain ne crée aucune barrière entre le lecteur et la folie destructrice de l’héroïne dont on ne perçoit plus la monstruosité.
Etonnant. Surtout pour un auteur de 70 ans.

Éditeur : Seuil

Pays : Divers

Jérôme Raidelet