Triomphe du cinéma asiatique au Festival de Cannes 2000

A Cannes si vous y êtiez !

TRIOMPHE DU CINEMA ASIATIQUE AU FESTIVAL DE CANNES 2000

Le cinéma d’Asie est effectivement le grand vainqueur de ce dernier festival du millénaire, même s’il n’a pas remporté la Palme d’Or, revenue au combien mérité “Dancer in the Dark” de Lars Von Trier et sa sublime interprète : Björk.

SELECTION OFFICIELLE

**** EUREKA (Shinji Aoyama, Japon)
PRIX DE LA CRITIQUE INTERNATIONALE
GRAND PRIX DU JURY OECUMENIQUE
C’est incontestablement notre Palme d’Asie pour ce festival. Trois personnages (le chauffeur et deux adolescents) miraculeusement rescapés d’une prise d’otages sanglante se retrouvent ensemble et traversent une partie du Japon dans un minibus pour tenter d’exorciser leur drame. Nous vivons presque en temps réel (le film dure 3h37 !) l’évolution de cette retrouvaille qui se transformera en un “road movie” à suspens dans un magnifique “scope sépia” dont on retiendra notamment l’interprétation très juste de Yakusho Koji (“L’Anguille”, “Cure”).

*** GUIZI LAI LE (Jiang Wen, Chine)
GRAND PRIX DU JURY
Pendant la dernière guerre, la Chine est envahie par le Japon. Dasan, un paysan, (joué par le réalisateur, que l’on avait pu voir dans “Le Sorgho Rouge”) est sommé une nuit, par des soldats de l’armée chinoise, de garder deux sacs, qu’ils viendront chercher quelques jours plus tard. Ces sacs renferment un prisonnier japonais et son interprète chinois. Dasan et les villageois se voient obligés de tenir le rôle de gardiens, mais six mois passent et les soldats ne sont pas revenus !
Longue fresque épique (2h44) où Jiang Wen (très populaire en Chine) fait preuve d’une maîtrise rare de la mise en scène, grâce également à la superbe utilisation du noir et blanc, qui se transforme (curieusement comme “Eurêka”), par une fin en couleurs, du meilleur effet.

*** IN THE MOOD FOR LOVE (Wong Kar-wai, Hong Kong)
PRIX DE LA COMMISSION SUPERIEURE TECHNIQUE POUR LE MONTAGE & LA PHOTOGRAPHIE
PRIX D’INTERPRETATION MASCULINE : Tony Leung Chiu-wai
A Hong Kong en 1962, Chau et son épouse emménagent dans un nouvel appartement. Au sein de la résidence, Chau fait la connaissance de Li-Chun, nouvelle locataire, elle aussi, dont le mari est souvent absent. Ils se lient d’amitié et passent de plus en plus de temps ensemble. Un jour, ils réalisent que leurs époux respectifs entretiennent une liaison.
Terminé la veille de sa présentation à Cannes, Wong Kar-wai nous éblouit encore, dans un registre différent, avec toujours les atouts de la superbe photo de Christopher Doyle et la musique de Danny Chung, et une lenteur nouvelle, qui accentue la profondeur de ses personnages.

** CHUNYANG (Im Kwon-taek, Corée)
Nous sommes à la fin du XVIIIe siècle, Chunyang est la fille d’une ancienne courtisane. Mongryong le fils d’un gouverneur, en est amoureux, mais il doit partir pour Séoul, afin de préparer sa carrière de haut fonctionnaire. Il promet à Chunyang qu’elle pourra le rejoindre bientôt, mais c’est sans compter avec le nouveau gouverneur qui tombe amoureux de la jeune fille, et est prêt à tout pour la retenir.
Conter à la manière d’un spectacle de Pansori (opéra traditionnel coréen), cette très belle histoire d’amour, nous fait parfois penser par son esthétisme à “The Lovers” de Tsui Hark, mais Im Kwon-taek (La Chanteuse de Pansori) en privilégiant les chants “off” en guise de dialogues, n’atteint pas la même émotion.

SELECTION UN CERTAIN REGARD

** JACKY (Brat Ljatifi & Fow Pyng Hu, Pays-Bas-Chine)
Jacky est un fils d’immigrés chinois. Il vit avec sa mère à Eindhoven, et celle-ci lui intime l’ordre d’épouser une Chinoise selon la tradition et de quitter le domicile familial. Avant qu’il ait compris ce qui lui arrive, il se retrouve à Amsterdam, partageant l’existence de Chi-Chi, jeune chinoise aussi désemparée que lui.
Co-réalisé par un hollandais et un immigré chinois, ce film pathétique traite avec justesse et réalisme, la condition de tous ces gens qui peuvent se retrouver, comme Jacky, déraciné. Nous sommes proches du nouveau cinéma Taiwanais.

* A LA VERTICALE DE L’ETE (Tran Anh Hung, Vietnam)
Trois soeurs et leur frère se retrouvent à l’occasion de l’anniversaire de la mort de leur mère.
Si le réalisateur nous avait charmés avec “L’Odeur de la Papaye verte”, il semble que sa recette devienne un peu trop systématique et ne prenne plus réellement. Superbes lumières et couleurs, le Velvet Underground de Lou Reed en bande son, la beauté des actrices et de la baie d’Halong, tout ceci ressemble plus à un clip publicitaire pour “Nature & Découvertes”, et à de la mise en Zen !

QUINZAINE DES REALISATEURS

**** PEPPERMINT CANDY (Lee Chang-Dong, Corée)
Yongho fait irruption à la réunion de ses anciens collègues ouvriers qui fêtent, sous le pont d’une voie ferrée, leurs 20 ans au sein de l’usine. Jouant les trouble-fête, il grimpe sur le pont au moment où le train arrive. Ce train nous ramène au passé et nous fera découvrir l’histoire de cet homme, qui incarne toutes les contradictions des vingt dernières années de l’histoire de la Corée.
Véritable prouesse de réalisation, nous revivons avec Yongho, une magistrale remontée dans le temps, ses vingt dernières années de vie, de troubles, et de contradictions, grâce également à une extraordinaire prestation de l’acteur principal : Sol Kyung-gu.

** KOROSHI (FILM NOIR) (Masahiro Kobayashi, Japon)
Un salarié moyen, honnête et gentil, a perdu son emploi. Alors qu’il erre dans la ville, déprimé par sa nouvelle situation, et voulant la cacher à sa femme, il accepte la proposition d’un inconnu : tuer quelqu’un contre une forte somme d’argent.
Après “La Route des petits voyous” présenté l’an passé et toujours inédit, M. Kobayashi (qui n’a rien à voir avec le réalisateur de “Kwaidan”), nous expose sans rémission ce portrait triste mais sincère, d’un loser très contemporain, le tout filmé dans de très beaux décors du Nord du Japon, emplis de neige et d’éoliennes.

SEMAINE DE LA CRITIQUE

** HIDDEN WHISPER (Vivan Chang, Taiwan)
Trois âges, trois histoires de femmes : une petite fille de cinq ans qui se réfugie dans ses rêves pour échapper aux disputes incessantes de ses parents ; une adolescente de seize ans en révolte contre le monde qui l’entoure ; une femme de trente ans détentrice d’un secret dont elle ne peut se libérer.
Trois sketches irréguliers, frôlant plutôt l’univers de Tsai Ming-liang que de “Chungking express”. Je retiendrai surtout le premier.

Et d’autres films asiatiques pas vus mais primés Prix de la Mise en Scène à Edward Yang pour “Yi Yi” (Taiwan), Palme d’Or du court métrage pour “Anino” de Raymond Red (Philippines).

Pays : France

Thierry Voissat