Tokyo, la nuit de Nick Bradley paraît chez Belfond.

Il y a trente millions d’habitants à Tokyo. Nous en suivons une bonne dizaine dans ce premier roman. Kentaro est tatoueur de yakuzas. Il tatoue Naomie, une cliente énigmatique. Ishikawa est détective privé. Peu scrupuleux, il passe son temps à photographier des adultères. Un soudeur est obsédé par les fourmis. Mari et George n’arrivent pas à se séparer. Kanda est professeur de faculté . Il clone un chat pour sa fille qui ne supporte pas les poils…

Tous ces personnages et leur histoire ont pour toile de fond un Tokyo de plus en plus interlope et de plus en plus sombre. Le fil ténu qui les rassemble est qu’ils croisent chacun, à un moment donné, un « chat calico ». En réalité, un chat tricolore aux yeux verts qui vagabonde dans toute la ville.

Roman choral qui met en scène des vies solitaires, isolées les unes des autres sur fond de préparation des Jeux Olympiques. Ce qui implique expulsion des vagabonds, surcroît de travail pour certains et démolition de quartiers à l’abandon. Une galerie de portraits aux personnalités approfondies et bien campées.

S’il respecte, au début, le genre du roman, Nick Bradley l’éclate progressivement grâce au collage. Il y adjoint en effet des calligraphies japonaises, des croquis, des dialogues télépathiques entre le chat et son clone, des photographies noir et blanc jointes à des mails, une courte bande dessinée.

Tout est dans tout dans ce roman. Naomie se fait tatouer la ville de Tokyo dans le dos avec un chat, qui au fur et à mesure des séances, change de place. Mise en abyme parfaite des déambulations racontées dans le roman. Mais de là aussi, naît son côté fantastique. En effet, Naomie ne se confond-elle pas avec le « chat calico »…

Une déambulation inventive et passionnée dans un Tokyo fantasmagorique à découvrir.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Tokyo, la nuit, Nick Bradley, roman traduit de l’anglais (Royaume Unis) par Maxime Berrée, 320 p., 21€, éd. Belfond ; En librairie le 3 juin 2021.