TEMOIN DE LA NUIT de Kishwar DESAI

Au cœur du Punjab, une jeune fille de bonne famille est retrouvée battue et violée au milieu des cadavres de 13 membres de sa famille. Alors qu’elle manque aussi de bruler vive dans l’incendie de sa maison, elle se retrouve accusée de ce massacre. A la demande d’un ancien camarade de fac, aujourd’hui commissaire divisionnaire, Simran Singh accepte de la rencontrer. Travailleuse sociale peu conventionnelle, connue pour son travail dans les prisons, elle revient ainsi dans sa ville natale de Jullundur, 25 ans après en être partie. Et tandis qu’elle essaye de se faire accepter de la jeune fille et de démêler les nombreux fils de cette affaire, elle se rend compte que rien n’a changé pendant toutes ses années. Elle qui se bat avec sa mère car elle n’est toujours pas mariée, elle retrouve une société toujours sclérosée avec les mêmes préjugés et les mêmes discriminations envers les femmes. Et ce qu’elle découvrira est encore pire que ce qu’elle pouvait imaginer…

Loin des danses, des chansons et des paillettes, voici une histoire qui fait un peu tache au milieu du folklore indien. Cette enquête policière, qui se construit lentement en fonction des moyens limités de son héroïne et du rythme habituel du pays, ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit de décrire les travers de ce dernier. Impossible de trop en dire sans dévoiler les mystères du roman mais traditions, religions, institutions et politiques en prennent vraiment pour leur grade. Et le problème est que l’on sent bien que la plupart des faits ne sont pas que de la fiction. La raison pour laquelle Kishwar Desai a écrit ce livre n’est pas difficile à comprendre mais elle n’a pas choisi la facilité. Le déroulement lent et méthodique de l’intrigue offre une vision détaillée et sans concession de la société indienne : on en ressent sans problème ses multiples travers et les conditions des femmes, bien loin du glamour du cinéma. Au-delà du scénario intéressant et de la construction en 3 phases de chaque chapitre, c’est cet aspect qui est le point le plus frappant de ce roman : vous ne penserez ensuite plus à l’Inde (tout du moins pour certaines choses) de la même façon qu’avant.

Éditeur : L’Aube, collection L’Aube Noir

Pays : Inde

Fabrice Docher