SUKEDACHI 09 volume 1 de Seishi KISHIMOTO

Suite à de graves problèmes économiques, entrainant un vieillissement de la population et une augmentation des crimes, le gouvernement décide de remettre en vigueur une loi qui existait jusqu’à l’ère Meiji : « la loi de Vengeance et de Réparations ». Ce principe permet aux proches des victimes de faire en sorte que les agresseurs subissent les mêmes sévices qu’ils ont infligés. La sentence est rendue par une section spéciale de la police, dont les membres sont appelés Sukedachi. En plus de devoir être très précis lors de l’exécution, ils doivent faire attention à ne pas mourir : dans ce cas en effet, le condamné verrait sa peine commuer en 3 années de prison puis une mort « douce ». Cependant leur volonté et le fait qu’ils soient aussi des anciennes victimes leur permettent de mieux connaitre la souffrance des plaignants et de mieux châtier les condamnés. Yûji Yamagishi est l’un de ces Sukedachi : en apparence nonchalant et anxieux, il n’a pas du tout le profil pour ce type de mission. Mais les graves blessures qu’il a subies, ainsi que sa personnalité, en font un exécuteur précis et efficace. Alors qu’il doit cacher à ses connaissances cette « profession », il fait de son mieux pour se mettre à la place des victimes et pour devenir le « miroir » des condamnés, leur reflétant leur faute.

Après Satan 666, Blazer Drive et Crimson Wolf, Seishi Kishimito revient chez Kurokawa pour son dernier titre en cours, Sukedachi 09. Si le style de ce nouveau manga reste très shônen, le contexte est lui très différent de ses réalisations habituelles. D’abord les personnages sont plus vieux (24-25 ans minimum) et le côté fantastique est quasiment absent (à part les capacités spéciales des Sukedachi, en fait des particularités physiques rares et le digiviseur 3D, très avancé technologiquement). L’humour est toujours présent, notamment avec un héros très loin à première vue de son statut officieux. De multiples détails entretiennent cette légèreté, y compris les autres membres de l’équipe, ce qui permet de compenser le sujet assez grave et polémique de ce manga : le droit à la vengeance. Si celle-ci peut s’avérer légitime, surtout vu les criminels jugés, la voir comme un exutoire de la souffrance n’est pas évident. Surtout que grâce au digiviseur, les plaignants ont l’impression d’être « à la place » du Sukedachi. Cette facilité augmente le malaise, surtout qu’il est difficile d’imaginer être seulement apaisé en ayant vu le châtiment être donné d’aussi près. Entourée par une règle très stricte, « une douleur égale à celle reçue par les victimes », cette loi oblige les Sukedachi à se mettre en danger. Mais cela permet aussi de les rendre plus humains, en diversifiant leurs tâches, comme le montre la fin du volume. En somme, malgré leur fonction et le passé que l’on connait de certains, ils sont avant tout des hommes et des femmes presque comme les autres. On attend d’en savoir plus sur les autres membres de l’équipe, notamment leur passé et leur technique, vu que chacun est dédié à un type de châtiment. C’est surtout le cas pour Yuki, la 1ère femme du groupe, qui avec sa petite taille, ses longs cheveux et sa cécité, fait vraiment décalée. Bien réalisé, le début de ce manga est intéressant, tant au niveau de l’ambiance que des personnages. Le tome 1 est découpé en « feuilletons » distincts mais la dernière page nous offre un rebondissement totalement inattendu. Comme on apprend aussi l’existence d’un groupe anti « loi de Vengeance et de Réparations », on peut se dire que le scénario va assez vite évoluer. Cela donne envie de connaitre la suite des aventures de ces « bourreaux » pas comme les autres. L’esprit shônen pourrait déranger certaines personnes mais pour le moment, personne n’essaie d’être le plus fort ou de dépasser les autres. Le personnage principal, comme tous ses collègues, tient avant tout à bien faire son travail, en pensant avant tout aux proches des victimes. A suivre.

Fabrice Docher

SUKEDACHI 09 volume 1 de Seishi KISHIMOTO (2014)
Aventures / action / fiction / drame, Japon, Kurokawa Editions, juin 2016, 244 pages, livre broché 7.65 euros