Sémi d’Aki Shimazaki paraît aux éditions Actes Sud.

Sémi arrive après le joyau mat que représentait Suzuran (1). C’était le premier opus du dernier cycle qu’a entamé la romancière montréalaise née au Japon Aki Shimazaki. Elle reprend, ici, sa narration six ans plus tard et centre son récit sur les parents des deux sœurs Kyôko et Anzu ainsi que de leur plus jeune frère. Septuagénaires, ils vivent dans une maison de retraite car Fujiko est atteinte de la maladie d’Alzheimer.

C’est son mari, Tetsuo Niré qui prend la narration en charge. Tout passe par son prisme. Il est le pilier, le repère, la mémoire et l’avenir du couple. Mais, paradoxalement, le livre commence par une absence, un moment de flottement de sa part…

Tetsuo se reprend vite et fait face à la nouvelle confusion de sa femme. Elle ne le reconnaît plus comme son mari, mais simplement son fiancé ! L’infirmière de l’établissement lui indique que plutôt que de rétablir la réalité il vaut mieux aller dans le sens du malade pour le calmer et éviter les crises. C’est ce que fait tout l’entourage de Fujiko, famille et amis.

Et c’est la nouvelle prouesse d’Aki Shimazaki ! Elle nous fait voyager dans l’espace-temps avec une virtuosité sans égal. Tetsuo se retourne sur leurs quarante ans de vie commune tandis que Fujiko revient à sa jeunesse. Il pense avoir été un fils, un employé modèle. Mais qu’en est-il de son mariage ? Entre les élucubrations de sa femme et les révélations involontaires de son entourage, le bilan n’est peut-être pas si parfait qu’il le pensait…

L’autrice excelle dans l’écriture euphémique, dans le minimalisme. Mais elle touche à l’essentiel. Dans la précision qu’elle porte aux détails, aux répétitions d’actions, elle leur donne un sens métaphorique certain. Ce sont les carrés de couleur variée que Fujiko tricote inlassablement, bien que de plus en plus lentement, comme autant de pièces du patchwork de leur vie. Ce sont aussi les cigales qui stridulent (il fait 35 °  en moyenne). Les « zémi » du titre ne vivent que quelques semaines après être restées des années sous terre. Ne seraient-elles pas l’image du séisme qui se prépare dans les vies de la famille Niré ?

Tant de délicatesse et de beauté dans l’écriture de vies banales, c’est là que naît la littérature.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) Lire notre chronique sur Suzuran : https://asiexpo.fr/suzuran-daki-shimazaki-parait-chez-actes-sud/

Sémi, Aki Shimazaki, 160 p., 15€ , éd. Actes Sud. En librairie depuis le 5 mai.