La revue 6 mois consacre son numéro 14 à l’autre Japon.

Cette revue se présente sous forme de grands reportages photos et textes à part égale sur des sujets rarement traités. Elle passe ainsi au crible des phénomènes de société atypiques. Elle est bi-annuelle comme son titre l’indique et garde toujours les mêmes rubriques, très nombreuses. Le sujet principal du dernier numéro automne 2017 hiver2018 est « l’autre Japon » et il se décline sous forme de triptyque traitant donc trois aspects méconnus du Japon. Le premier est un reportage photographique de Chloé Jafé qui, la première au monde, a su gagner la confiance de femmes de yakuzas. Elle les photographie tout au long de leur quotidien, dans un noir et blanc au piqué magnifique, très graphique, rappelant les estampes des plus grands maîtres. Il y apparaît que, derrière une image idyllique du gangster, sa femme lui est totalement soumise. En éclairage, une interview de Jake Adelstein journaliste d’investigation américain, auteur de « Tokyo Vice », traite du trafic d’êtres humains et de crimes organisés au Japon, il le dit clairement : « les yakuzas sont misogynes, sexistes et sociopathes ». A bon entendeur… Le deuxième reportage est une enquête de Pascal Meunier sur le 3è et 4è âges au Japon. Leur précarité et leur isolement sont criants en raison de retraite dérisoire et d’abandon des familles. Les photographies sont très parlantes, elles nous montrent l’utilisation de palliatifs tels des robots, tout le commerce qui s’organise pour l’amélioration du quotidien allant des « smart couches » avec capteur jusqu’aux voitures autonomes. La pire situation : les vieillards démunis de tout n’ont d’autre solution que d’agresser quelqu’un pour être condamné et aller en prison ! Le troisième est un magnifique document de Jérémy Souteyrat. Il nous montre le quotidien de cette région sacrifiée qu’est devenue Fukushima à travers les gens déplacés, les pêcheurs se voyant refuser leur pêche, les maisons abandonnées… 730000 tonnes de déchets radioactifs sont encore à l’air libre ! Mais tout cela n’empêche pas la reconstruction, si bien que certaines villes ont plus d’ouvriers que d’habitants se détournant des compteurs de niveau de radioactivité 200 fois supérieurs à avant l’accident…

 

Un extrême sérieux et une qualité sans faille des reportages. Ils sont toujours prolongés de divers interview, bibliographies et petits articles détaillant des points particuliers du sujet qui permettent de l’approfondir encore. Le grand nombre de photographie en grand format en fait un bel objet d’une extrême richesse !

Camille DOUZELET

La revue 6 mois, numéro 14, 310 p., 25.50€.