Onibaba de Kaneto Shindo

Quand érotisme et fantastique louchant vers l’horreur se marient avec humanisme et lyrisme, c’est à une œuvre magnifiquement singulière que l’on a la chance d’assister. Et quand on a qui plus est une photo sublime et une mise en scène sensible l’Elysée n’est plus très loin.

Ici les personnages de chair et d’os se partagent la vedette avec les hautes herbes où se situe leur histoire.
Tour à tour sensuelles, envoûtantes, inquiétantes puis menaçantes, ces herbes maintes fois filmées semblent douées de vie et se fondre dans les émotions des personnages, ici au nombre de trois, et tentant de survivre dans un contexte de guerre civile assassine, n’hésitant pas pour cela à achever les soldats blessés afin de vendre leurs armes et armures.
A la sexualité animale des deux plus jeunes, s’oppose le matérialisme égoïste de la plus vieille qui l’entraînera dans les tréfonds de l’enfer, ici symbolisé par un trou profond caché au beau milieu des hautes herbes. Le message de Shindo est clair. Que l’on soit soldat ou simple civil, la guerre pousse les gens à se transformer en démons et l’amour n’y a pas sa place. Seule la nature, que Shindo sait si bien mettre en valeur et qu’il avait sublimée dans L’île nue, conserve sa pureté originelle, et se montre finalement comme l’entité la plus sensible du film.

Acteurs : Kei Sato, Nobuko Otowa, Jitsuko Yoshimura

Éditeur :

Pays : Japon

Guillaume Tauveron