NONNONBA de Shigeru Mizuki

Après les précédents prix de Jiro Taniguchi et Naoki Urusawa, le festival d’Angoulême ose vraiment en décernant le prix du meilleur album 2007 à NonNonBâ de Shigeru Mizuki, aux éditions Cornélius. Si les précédents lauréats avaient déjà un grand rôle dans la reconnaissance du manga en France pour leur qualité, il s’agissait de titres plutôt adultes. Cette fois-ci, c’est une œuvre tout public qui a été primée ; Cornélius s’est intéressé à un auteur majeur au Japon et le prix est d’autant plus mérité que le pari était osé. L’éditeur va d’ailleurs sortir les autres œuvres du maître, dont surtout “Kitaro le repoussant” (GeGeGe no Kitaro) sa série phare.
Shigeru est un enfant de neuf ans habitant la ville côtière de Sakai-minato, dans les années 1930. Peu doué pour les études, il préfère jouer à la guerre avec ses amis ou dessiner ses histoires de fantômes. Son inspiration lui vient de NonNonBa, une sympathique grand-mère incollable sur les yokaï, les monstres japonais. Après la mort de son mari, lorsqu’elle vient s’installer chez Shigeru, celui-ci est aux anges.
Peuple insulaire fortement soumis aux caprices de la nature et pourtant très proche d’elle, les Japonais sont par essence très superstitieux. Ceci explique le nombre incroyable de légendes qui existent au Japon, certaines parfois spécifiques à un seul village. Dès son plus jeune âge, Shigeru Mizuki (1922 – ) s’est efforcé dans ses œuvres de transmettre sa passion pour les acteurs principaux de ces histoires, les yokaï. Extrêmement réputé au Japon, son travail a été reconnu d’utilité publique pour la culture sur le folklore du pays. Bien que ciblé sur des légendes très exotiques pour nous, “NonNonBa” n’en reste pas moins très accessible pour tout le monde, même les enfants. En plus des légendes, le manga fourmille de détails sur la société rurale japonaise de l’avant-guerre. Instructif, surprenant, drôle et aussi parfois émouvant, “NonNonBa” est un monument de la culture japonaise à découvrir d’urgence. Un titre qui mérite amplement son prix du meilleur album 2007.

Éditeur : Cornélius

Pays : Japon

Fabrice Docher