Nipponia Nippon d’Abe Kazushige édité chez Philippe Picquier

Le nom de famille du jeune Tôya Haruo a la même calligraphie que l’oiseau nommé ibis. Cette proximité le fait fantasmer sur ses origines qui remonteraient au Moyen-Age shogunal et à la région où les ibis japonais – Nipponia Nippon de leur nom savant – se trouvaient en grand nombre. Dans la réalité Haruo, la vingtaine, est un hikikomori (exclu). Il a abandonné ses études, il passe ses journées à faire des recherches sur internet à propos de ces fameux Nipponia nippons et notamment sur le Centre de sauvegarde de l’île de Sadô. Ces Tokis (nom japonais des ibis) sont en voie d’extinction au Japon et ceux du Centre sont d’origine chinoise, ce qui perturbe notre jeune homme à tel point qu’il décide de partir sur l’île de Sadô. Son projet est ambigu tout comme tout ce qu’il entreprend… Dans le même temps, l’on apprend qu’il est amoureux d’une jeune fille, se croit aimé en retour alors qu’elle le rejette.
Abe Kazushige n’hésite pas à intégrer au début de son roman de nombreux éléments documentaires sur le toki, ce qui enracine son récit et surtout son personnage dans une réalité très forte. Paradoxalement, les recherches d’Haruo ne l’ancrent pas dans le réel. Dans un style très linéaire, l’écrivain parvient cependant à distiller différentes intrigues qui vont crescendo, afin de ménager un suspens quant à la finalité réelle de ce voyage sur l’île de Sadô. Mais dans ce roman finalement très sombre, le plus intéressant est de suivre comment l’auteur conduit son personnage jusqu’au bout de sa logique du désastre, avec une extrême ironie…

Camille DOUZELET

Nipponia Nippon d’Abe Kazushige,édité chez Philippe Picquier,mai 2016, 17€