Nagauta de Ensemble Kineya Japon

Le Nagauta, chant d’accompagnement du théâtre Kabuki, c’est l’aventure des sons.
Il en est des musiques comme de certains pays, qui restent dans notre imaginaire où nous donnons nos propres représentations parfois réductrices, tellement nous en sommes éloignés géographiquement et culturellement.
Ce disque permet une véritable découverte et un voyage dans le répertoire Kabuki. Le Nagauta, chant à caractère mélodique, est entouré de luth, flûte et percussions. Les récits et poèmes chantés accompagnent les scènes de danses du théâtre Kabuki, et décrivent les sentiments des hommes, leurs actions, passions et amours.
Le Nagauta évolue. En effet, depuis ses débuts au sein de l’environnement musical du Kabuki (XVIIème siècle), ce chant a su montrer sa richesse en devenant aussi un chant de concert quittant son rôle d’accompagnant, montrant bien sa capacité de développement technique et sa beauté comme support de la poésie et du lyrisme.
Les pièces présentées sont récentes, du moins au regard de l’histoire de la musique, du XVIIIe siècle à 1933 : c’est un cheminement dans le temps présentant les styles du Kabuki jusqu’au chant indépendant.

Le Nagauta révèle dans son expression l’intensité du narratif. Les mises en place de la voix et des instruments dévoilent une structure où tout paraît simple. C’est l’art des nuances infinitésimales dans la succession de la pièce qui donne sa force mélodique et sa beauté au Nagauta. La prouesse du chant calme et ferme de Naokichi Kineya, et ses ornementations, le fameux son vibré du shamisen (luth) de Katsukuni Kineya, sont les caractéristiques de ce répertoire à écouter avec attention au début afin de l’apprécier pleinement par la suite. Le Nagauta se révèle dans le temps qui passe.

L’ensemble Kineya perpétue là une très belle réussite d’une tradition musicale qui continue d’exister en s’adaptant aux critères esthétiques de notre temps.
Etonnant Nagauta qui sait si bien improviser avec le temps qui s’écoule.

“Les grosses cordes bourdonnaient comme la pluie,
Les petites cordes chuchotaient comme un secret,
Bourdonnaient, chuchotaient…puis s’entremêlaient
Comme une averse de grosses et petites perles sur un plateau de jade.”

Poème de Po Chü-i où il décrit les sons du luth.

Éditeur : Ocora Radio France

Pays : Divers

Pascal Burianne