Les empires de Oshima de Nagisa Oshima

Arte France Développement et Argos Films ont eu la lumineuse idée de sortir un coffret de 2 DVD de l’Empire des Sens et de l’Empire de la Passion. Autant le dire tout de suite : un bijou pour cinéphile. Pouvoir comparer ces deux chefs-d’œuvre est jubilatoire. D’autant que l’image numérique apporte vraiment un plus par sa qualité. Les deux films parlent de l’amour suprême : celui qui mène au crime passionnel et celui qui suit ce crime.
“L’Empire des Sens” est l’histoire vraie d’Abe Sada, ancienne geisha devenue serveuse, et de son maître Kichi. Un amour absolu, fusionnel, exprimé essentiellement par la sexualité, naît entre les deux. Le couple, en perpétuelle recherche du “plus loin, plus fort”, désirant échapper aux contraintes morales et sociales, ira au bout de sa passion : le drame. “Dans l’extase de l’amour, ne s’écrie-t-on pas “je meurs” “, dit Oshima. La mise en scène, calquée sur la teneur de l’histoire, est jusqu’au-boutiste. C’est une suite de scènes d’amour en autant de décors en huis-clos. Des scènes crues, explicites et donc à caractère pornographique. Le film fit scandale, attaquant de plein fouet le tabou sexuel (+ de 3 ans de procès contre Oshima), tout comme le fait divers des années 30 dont il est tiré. Pourtant, à bien y regarder, les séquences hyperréalistes ne sont pas si nombreuses et certainement pas voyeuristes ; elles ne font que traduire l’état d’esprit des protagonistes. On ne peut être que subjugué par leur esthétisme : un rouge et noir somptueux, très symbolique.
Dans “l’Empire de la Passion”, Oshima filme également une lente descente aux enfers, symbolisée par le puits dans lequel le couple adultère a jeté le corps du mari gênant. Le fantôme de ce dernier, garant de l’ordre moral collectif (tout le village le voit) et individuel (n’est-il pas une représentation de l’inconscient ?), viendra entraver l’accomplissement de l’amour entre les deux amants. Seki et Toyoji finiront lynchés, n’ayant pas pu “vivre trois jours d’une vie de couple normale”, comme le demande en larmes Toyoji. Point de scènes d’amour explicites ici, puisque le désir sexuel est constamment réprimé. Les amants étouffent sous le poids du regard de la société. Prix de la mise en scène Cannes 1978, les images sont une fois encore splendides (décorateur et régisseur lumière identiques sur les deux films). Certains plans vous coupent le souffle : ceux du fond du puits ou celui où les amants sont enlacés, nus, immobiles, dans un contre-jour de lumière jaillissant du mur en bois. Tout est sens et subtilité.

Les deux DVD sont accompagnés de bonus très instructifs. Interviews actuelles des membres de l’équipe sur l’histoire des deux films (notamment les difficultés du tournage de l’Empire des Sens face à la constante pression de l’Etat japonais). Un documentaire sur le cinéma érotique japonais et 6 minutes de scènes inédites en interactivité de l’Empire des Sens. A noter aussi la présence d’un livret de 40 pages complétant le tout.

L’EMPIRE DES SENS – 105 mn, interdit aux – de 16 ans

L’EMPIRE DE LA PASSION – 108 mn

Éditeur : ARTE France Développement / Argos Films

Pays : Divers

Jérôme Raidelet