Les 36 vues du Mont Fuji de Hokusaï sort dans une nouvelle édition chez Taschen.

Une nouvelle fois les éditions Taschen nous proposent un somptueux ouvrage au format XXL. À la fois érudit et esthétique, il présente les célèbres 36 vues du Mont Fuji de Hokusaï. Il s’agit là d’un ensemble d’estampes sur bois dont est issue la fameuse « grande vague » qui vaut à l’artiste une renommée mondiale. Le tout agrémenté d’un coffret à fermoir japonais.

La présente édition est mise en œuvre par l’éminent spécialiste maison de l’estampe japonaise : Andreas Marks (1). Il a sélectionné, parmi les 2403 estampes issues de 119 collections publiques ou privées du monde entier « les plus belles épreuves ». Pas forcément, d’ailleurs, les premières. Il a tenu compte de l’usure des planches au fil des passages sous la presse.

De façon extrêmement précise et documentée, il retrace la longue carrière de l’artiste (1760-1849) aux multiples pseudonymes. Il replace les 36 vues dans celle-ci. D’après les différentes signatures, on peut ainsi dater la série des années 1830. Son éditeur Nishimuraya annonce « 100 vues » dans une campagne publicitaire de l’époque. Il y en aura en réalité, non pas 36, mais 46 ! Et Andreas Marks s’appuie sur différents critères pour en réorganiser l’ordre, notamment la présence (ou non) de sceaux de date imposés par la censure de l’époque, au bas de chaque estampe. Sa lecture en est passionnante.

Vient ensuite le plaisir esthétique de la reproduction de chaque œuvre très proche de son format réel. Les points de vue choisis par Hokusaï viennent de tout le Japon et pas seulement des environs d’Edo (Tokyo aujourd’hui). Certains sont totalement dûs à l’imagination du vieil homme ! C’est le cas par exemple du « Mont Fuji vu de Gotenyama à Shinagawa sur la route Tokaido ». Il apparaît tout petit, au loin, encadré par 2 troncs de cerisiers en fleurs. Ce qui est surtout innovant pour l’époque c’est qu’un élément du paysage soit le sujet même. Le Mont Fuji est, certes, l’un des 3 sites les plus réputés et vénérés du Japon, on n’avait jamais subordonné l’humain au paysage ! «  Désormais secondaires, les personnages sont même dépourvus d’expression ou tout simplement absents » écrit Andreas Marks. Une description détaillée accompagne chacune des estampes.

Mais la surprise vient de la section des variantes chromatiques. En effet, « les modifications provoquées au cours du tirage par l’usure des matrices ont donné lieu à des variantes » écrit encore le spécialiste. Il leur consacre la dernière partie du livre. On en découvre ainsi de très nombreuses qui changent totalement la tonalité et même les éléments des estampes. Des arbres apparaissent, par exemple, dans le célèbre « Orage et pluie » dans une version plus claire. La célébrissime « grande vague » se décline en 5 versions où différents nuages parsèment le ciel, où les bateaux sont, tour à tour jaune pâle ou franc, ou bien encore bordeau ! Et l’on touche là à l’essence même de la gravure !

Un très bel ouvrage pour l’amateur éclairé, mais aussi pour quiconque s’intéresse à l’art de l’estampe !

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) Il avait déjà œuvré aux très belles éditions de Japanese Woodblock Prints 1680-1938

et de Hiroshige & Eisen. Les soixante-neuf stations de la route Kisokaidô. Lire nos chroniques : https://asiexpo.fr/japanese-woodblock-prints-1680-1938-sort-chez-taschen/ et https://asiexpo.fr/hiroshige-eisen-soixante-neuf-stations-de-route-kisokaido-parait-chez-taschen/.

XXL Hokusai. Trente-six vues du mont Fuji, Andreas Marks, 44 x 30 cm, 3,88 kg, 224 pages, 125 €, ISBN 978-3-8365-7572-0 (trilingue : allemand, anglais, français). Consulter www.taschen.com.