Choses qui rendent heureux et autres notes de chevet de Sei shônagon

Choses qui rendent heureux et autres notes de chevet (Makura no sôshi) vient de paraître aux éditions Gallimard dans la collection folio sagesses. L’ouvrage original date de l’an mille et fut rédigé au Japon par Sei Shônagon, surnom d’une dame d’honneur du cercle intime de l’impératrice Teishi. Il est une œuvre fondatrice de la littérature nipponne.

Il appartient à la tradition du Nikki (1) qui prend corps en langue japonaise kana (transcription des sinogrammes en écriture phonétique autochtone) et non plus en chinois. Idiome de la sensation, le japonais écrit permet l’apparition des premiers chefs-d’œuvre de la littérature du pays du soleil levant. Ils sont, dans un premier temps, souvent rédigés par des femmes. L’oisiveté à la cour impériale à son apogée laisse de longues journées qu’il faut bien remplir.

Il s’agit, nous dit Corinne Atlan qui a mis en œuvre la présente édition, d’une sélection de rubriques emblématiques parmi celles de la traduction originale d’André Beaujard en 1934 parue chez le même éditeur. L’éminente traductrice (de Murakami entre autre) que nous connaissons bien (2) en a sélectionné un certain nombre afin de les rendre plus accessibles au lecteur du XXI e siècle. Par une remarquable introduction, elle nous présente la vie de l’autrice, ainsi que son œuvre dans toute la finesse d’analyse et les sensations éphémères qu’elle recèle.

La première partie est ainsi composée sous forme de listes sans autre prétention que de suivre le fil de la pensée. L’ouvrage, profondément emprunt de bouddhisme, nous dit l’impermanence des choses simples de la vie et la mélancolie qui en découle. L’observation de toutes les composantes de la Nature tient aussi une grande part dans la contemplation de la narratrice.

La seconde partie nous fait découvrir les us et coutume de l’aristocratie du temps des Fujiwara pendant l’ère Heian (794-1185). Ce milieu, tout de faste pesant et de rigidité cérémonielle, n’empêche pas l’autrice d’en rendre compte en toute objectivité. Elle égratigne, au passage, la vie au palais, les rapports entre les courtisans jusque dans leur intimité. Mais elle se garde bien de toucher à l’intégrité de la jeune impératrice Teishi. Une réciproque affection les unit.

En fin d’ouvrage différentes notes précisent les éléments à connaître pour mieux aprécier la subtilité d’une écriture vieille de plus de mille ans mais toujours vivace dans l’acuité de son regard.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

(1) lire notre chronique sur un autre nikki : https://asiexpo.fr/le-journal-de-tosa-parait-chez-verdier/

(2) Elle a, entre autres, écrit Un automne à Kyoto (https://asiexpo.fr/un-automne-a-kyoto-de-corinne-atlan-est-sorti-chez-albin-michel/)

Choses qui rendent heureux et autres notes de chevet, Sei shônagon, 113 p., 3,50€.