Le Dit du Genji version manga paraît chez Synchronique éditions.

L’œuvre la plus célèbre de la littérature japonaise, Le Dit du Genji, fut écrit par Murasaki Shikibu, autour de l’an 1000. Elle était femme de compagnie de l’impératrice Shôshi et y racontait les intrigues amoureuses et politiques de la Cour impériale de Heian. Amour, pouvoir, trahisons furent les ingrédients privilégiés pour le premier roman psychologique de l’histoire littéraire. C’est ainsi qu’il est l’un des textes fondateurs de l’imaginaire nippon. C’est aussi un récit fleuve, saga de 2000 pages, découpée en 54 chapitres et ponctuée de 800 waka (courts poèmes de l’époque).

Le Dit du Genji version manga de Sean Michael Wilson est bien évidemment une épure de cette œuvre. Elle recentre l’histoire sur le personnage du Genji. C’est un enfant illégitime que l’empereur a eu avec sa favorite : Dame Kiritsubo. On le suit sur 10 chapitres tout au long de sa vie. D’une extrême beauté, il séduit nombre de femmes de tous âges et de tous rangs. Il gravite autour du pouvoir sans jamais cependant réellement accéder au trône car bâtard. Le scénariste, fidèle à son modèle, a gardé plusieurs waka, notamment en fin de chapitres. Comme celui-ci : « Ce monde cruel décrète-t-il que même la lumière vacillante de la luciole doit éteindre la torche timide de cet amour ? »

La version manga, en grand format, est d’une lecture très aisée et agréable. Elle sublime l’essence du roman. On y retrouve ses ingrédients magnifiés par le graphisme d’Inko Ai Takita. Il est dense, dynamique et efficacement structuré. La mise en page se joue des noir et blanc avec subtilité. Le tout rehaussé par des grisés qui font office de couleurs. Quant à la beauté des personnages, elle est sciemment sensuelle, le Genji en premier lieu mais aussi nombre de ses conquêtes ! À l’exception d’une seule…

C’est une agréable entrée en matière déjà dense et fourmillante de personnages. Un index bien utile de ceux-ci est d’ailleurs proposé en début d’ouvrage. De même à la fin se trouve la généalogie succincte des principaux protagonistes.

Le seul bémol est que ce Genji est un représentant typique du patriarcat. Il ne résiste pas à ses désirs, même envers de très jeunes filles voire fillettes… Reflet des mœurs de son époque.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Le Dit du Genji version manga, format 19 X 25,4 cm, 192 pages, couverture brochée avec rabats, 24,90 €, Synchronique éditions. En librairie le 1er juin.