L’ami japonais de Marc Petitjean paraît chez Arléa.

S’il est un pays où la tradition est le fondement même de son épanouissement, c’est évidemment le Japon auquel on songe en premier lieu. C’est ce que le documentariste Marc Petitjean nous fait découvrir dans son nouvel ouvrage, l’ami japonais. Il y raconte la relation qu’il entretient depuis maintes années avec Kunihiko Moriguchi, Trésor national vivant du Japon. Il est en effet reconnu en tant qu’artiste mais aussi comme passeur de sa tradition : le Yozen, la teinture manuelle sur kimono. Il a donc reçu ce titre honorifique typiquement nippon.

Le cinéaste, auteur notamment du documentaire De Hiroshima à Fukushima a entrepris, pendant trois mois, de filmer au plus près son ami. Dans sa vie quotidienne, mais surtout dans son atelier en train d’exercer son art. Comme son père Kakô Moriguchi, il perpétue cette tradition tricentenaire. Cependant, sa carrière aurait pu être toute différente s’il n’avait pas été japonais. Vers l’âge de douze ans, il supporte de plus en plus mal le conservatisme paternel, car « être apprenti ici, c’est être esclave ». Ce rejet se matérialise à l’âge de 22 ans par son départ du Japon. Diplômé des beaux-arts de Kyoto, il intègre l’école des Arts décoratifs de Paris grâce à un dépôt de bourse fait par son professeur de français.

Remarqué par différents ateliers qui souhaitent l’embaucher, il regagne finalement le Japon et intègre celui de son père. À la tradition paternelle, il mêle l’Optic Art, jeux de formes et de couleurs très européen. Il gagne ainsi ses lettres de noblesse, tout comme son père des années avant lui.

Ce livre très documenté permet d’entrer dans une tradition extrêmement spécifique et d’en montrer des aspects très pointus. Une série de photographies de kimonos, de motifs, des patrons permettent de bien saisir la différence entre les deux inspirations. Celle du père est très liée aux paysages classiques japonais tandis que celle du fils est totalement abstraite.

Il rend ainsi sensible l’évolution de cette tradition.

Dommage que l’iconographie soit en noir et blanc. Il ne reste plus qu’à voir le film Trésor vivant, réalisé en 2012, par l’auteur, sur le même sujet !

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

L’ami japonais, Marc Petitjean, 174 pages, 17 €, collection La rencontre, éd. Arléa. En librairie le 5 mars 2020.