La loi des lignes de Hye-Young Pyun paraît chez Rivages/Noir.

Saeh-oh a 26 ans, elle vit recluse avec son père. Mais ce dernier meurt dans l’incendie de sa maison causé par une fuite de gaz. Elle se retrouve sans rien ni personne. Accident, suicide ? Son enquête la mène bientôt sur les traces d’un collecteur de dettes…

Shin Ki-jeong est professeure de collège. Elle apprend la mort prématurée de sa jeune demi-sœur depuis longtemps perdue de vue. Elle aussi se lance dans une enquête personnelle pour comprendre ce qui a pu la mener au suicide…

Le parallélisme de ces deux récits racontés alternativement est passionnant, captivant même. Saeh-oh est poussée par son désir de vengeance : La malveillance […] lui donne de l’énergie et l’envie de manger, la pousse à sortir plutôt qu’à rester au lit toute la journée. Ki-jeong est mue par un sentiment de culpabilité. Mais elles en arrivent à la même conclusion. Ce sont les dettes qui ont poussé chacun de leur proche à se donner la mort !

Avec une écriture clinique, Hye-Young Pyun met au jour les arcanes du système financier de la société coréenne. De la grande banque à la petite puis aux sociétés de recouvrement. Les ventes en réseau qui font miroiter des gains mirifiques. En réalité, elles déshumanisent ceux qui s’y laissent prendre et les exploitent jusqu’à leur dernier won et leur dernière connaissance ! Chacun d’entre eux poursuivait sa route en solitaire et à un moment leurs chemins se sont croisés. C’est là qu’est le lien entre les deux récits…

La grande habileté de l’autrice est de distiller ses informations par l’utilisation du point de vue interne alterné de chaque personnage, des principaux jusqu’au plus secondaire.

Le tout donne un thriller existentiel où la pauvreté tisse sa toile. Brillant et glaçant à la fois !

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

La loi des lignes, Hye-Young Pyun, 234 p.,19€ éd. Rivages/Noir.