L’été de Kikujiro de Takeshi Kitano

Tokyo en été. Masao est un jeune garçon qui vit seul avec sa grand-mère et n’a pas vu sa mère depuis des années. Sa grand-mère travaille toute la journée, ses copains sont partis en vacances et le terrain de foot où il a pris l’habitude de jouer est définitivement désert.
Il décide alors de prendre la route pour retrouver sa mère.

Il rencontrera sur sa route Kikujiro, vieux Yakusa sur le déclin, combinard sans le sou et raté de première qui a tôt fait de dilapider le pécule prévu pour le voyage…

     N’en déplaise à certains, Takeshi Kitano est un cinéaste majeur – certainement pas un effet de mode. La décontraction affichée dans L’Eté de Kikujiro le prouve. Elle répond à la maîtrise formelle et émotionnelle de Hana-Bi. Hana-Bi était un film-bulle, replié sur des silences, tendu et grave ; L’Eté de Kikujiro est complètement lâché, sans véritable enjeu – juste le besoin de souffler, de s’amuser. Tous les écarts du film valent pour un formidable pied-de-nez. En ce sens, L’Eté de Kikujiro est une admirable récréation, des vacances de cinéma. Parce Kitano s’admet dilettante. Ici, il quitte la raideur tragique de Nishi et endosse les manières débraillées de Kikujiro. Du coup, c’est tout le film qui se plie au caractère négligé de cet ex-yakusa, actuel looser, bref, ce médiocre. Un piètre tuteur (il assure très mal les besoins quotidiens de l’enfant) qui n’a pas son pareil lorsqu’il s’agit de mettre en scène le grotesque – Kitano se place systématiquement en deça du sérieux. Il réalise là une pure comédie et investit le burlesque sans effort.
     On le sait, Kitano connaît les rouages du gag, les traits sensibles de la caricature. Alors, soudain, tout devient inconséquent, tout devient drôle. Voire furieusement drôle, surtout dans la dernière partie où des compagnons de jeux inopinés s’improvisent Tontons Farceurs (hommage à Jerry Lewis ?) pour que Masao, l’enfant, ne s’ennuie pas.

     L’Eté de Kikujiro cahote, Kitano cabotine. Il fait l’enfant : il boude, il chaparde, il casse la figure de celui qui agresse son copain plus faible. Comme rien n’est jamais sérieux, chaque acte de Kikujiro ne peut que se retranscrire à une échelle juvénile du langage. Masao sert de prétexte aux propres vacances de Kikujiro, tout comme Kikujiro sert de prétexte aux propres vacances de Kitano, habité par une envie de comédie humble, humble certes mais qui se pense néanmoins au travers d’aînés (Chaplin, Tati, Lewis, …). Aussi la modernité de Kitano est là : elle s’écrit simplement en puisant sa magie au coeur même du cinéma.

(Alexandra Martinez)

     Quatrième collaboration avec Takeshi Kitano, L’Eté de Kikujiro raconte la traversée du Japon par l’enfant Masao et Kikujiro, un voyou d’une cinquantaine d’années. Voyage picaresque entre l’émotion et le rire ; une fois de plus Kitano veut démontrer qu’il sait filmer autre chose que des Yakusas. Kikujiro va ouvrir les yeux de l’enfant sur une autre réalité et une profonde amitié va naître, laissant des traces indélébiles. Cela fait vingt ans que Hisaishi travaille et ses derniers albums pour le cinéaste démontre une réelle complicité entre les deux hommes, ainsi qu’une maturité dans la composition et l’agencement des séquences. Les mélodies soulignent avec grâce ce que les critiques japonais nomment le “Kitano Blue”, cette lumière particulière qui traverse ses films.
     Le cinéaste n’a pas peur de privilégier les images aux paroles et atteint parfois le “zen” le plus pur comme dans “A Scene at the sea”, laissant au compositeur de longues scènes où son talent mélodique peut s’épanouir. Hisaishi travaille pour de petites formations et donne souvent le premier rôle au piano, son instrument privilégié soutenu par des cordes légères, voir diaphanes. Il arrive par une alchimie, dont il a le secret, à une grâce quasi miraculeuse… car il faut bien le dire, si ses orchestrations étaient un tantinet bancales, le résultat serait une musique larmoyante, mélodramatique qui rendrait les films de Kitano insupportables.     Compositeur acrobate, il arrive toujours à trouver un thème accrocheur, une petite mélodie qui vous trotte dans la tête bien après l’arrêt du disque. Pour ceux qui connaissent bien son oeuvre, à l’écoute de l’Eté de Kikujiro, les images du cinéaste nous apparaissent sans que nous ayons vu le film, comme par magie ! Si la facture de son travail est occidentale, il intègre bien souvent des instruments japonais donnant en plus de son romantisme, une touche d’exotisme plutôt agréable.

     Joe Hisaishi : il commence à être connu en Occident, mais c’est au Japon qu’il est célèbre pour avoir signé une quinzaine d’albums, une douzaine de musiques de téléfilms, une vingtaine de bandes originales de films et une flopée de musiques de pubs. Ses concerts solo au piano ou avec le Nouvel Orchestre Symphonique du Japon ont rencontré un succès considérable. Joe Hisaishi a remporté quatre fois l'”Oscar” japonais de la la meilleure musique de film. Il a collaboré avec le grand animateur Hayo Miyazaki sur Porco Rosso et Princesse Mononoke. Du style minimaliste au symphonique, de la sophistication à la variété, il alterne les genres depuis vingt ans. Vous pouvez trouver certains de ses disques en import ainsi que les BOF de Sonatine, Kids Return et Hana Bi à la Fnac ou dans les boutiques de manga et jeux vidéo.

(Pascal Surleau)

Date de sortie internationale : 1999

Acteurs : (Beat) Takeshi Kitano, Yusuke Sekiguchi, Great Gidayo, Rakkyo Ide

Pays : Japon