Interview de Jamel Balhi, le voyageur aux semelles de vent

Jamel Balhi avait bouclé il y a quelques années, un tour du monde en courant. En 1997, il se lance sur la Route de la Foi, un périple de 18 mois de course à pied et 18 500 kilomètres, entre toutes les villes sacrées du monde, de Paris à Lhassa.

Quand avez-vous eu l’envie d’associer la course et la découverte d’un pays ?

Un jour alors que je décidais de courir de Paris à Amsterdam. 530 km qui m’ont mis en contact direct avec beaucoup de gens très différents. Je découvris un excellent moyen de voir le monde.

Vous considérez-vous comme un sportif ou comme un amoureux des voyages ?

Je suis un voyageur qui utilise le sport pour se déplacer. Le sport me permet aussi d’apprécier pleinement le paysage, ainsi que chaque rencontre. La fatigue suppose une bonne récupération, et surtout la recherche constante d’un lieu où je puisse me reposer. Alors tout devient un luxe.

N’est-ce pas dur parfois de voyager en solitaire ?

Ce n’est jamais difficile d’être seul lorsque, dans mon cas par exemple, on peut rompre à n’importe quel instant avec la solitude.

Vous arrive-t-il d’avoir le mal du pays ?

Jamais.

Quelle est la première chose que vous faîtes en arrivant dans un nouveau pays ?

En débarquant dans un nouveau pays, je juge la réaction des gens face à un étranger qui court sur la route.

Quelle pour vous la plus belle ville du monde ?

A mes yeux, donc cela est relatif, la plus belle ville du monde est… Je me la garde pour moi. Rendre célèbre un lieu c’est d’avance le pervertir, signer son arrêt de mort. Exemple : toutes les régions du globe devenues à la mode, puis pourries par trop de spéculateurs et de rapaces : Kathmandu, Phukhet, Goa, Dahab, …

Quel est votre meilleur souvenir de voyage ?

Une certaine nuit passée sur la Grande Muraille de Chine…

Quelle est la rencontre la plus marquante que vous ayez faîtes ?

Sans doute celle avec le pape Jean-Paul II, dans les salons baroque-renaissance du Vatican.

Que vous a dit le Pape lors de l’entrevue que vous avez eue avec lui ?

Il m’a apporté sa bénédiction, puis m’a dit que dans le monde il existe deux catégories de gens : ceux qui érigent des murs pour se protéger des autres, les fuir ; et ceux qui battissent des ponts, pour s’en rapprocher et apprendre à se connaître.

De quel peuple vous sentez-vous le plus proche ?

De tous.

Avez-vous appris plusieurs langues en voyageant ?

J’ai désappris celles apprises sur les bancs de l’école pour apprendre l’anglais de rue. A l’étranger, j’ai aussi appris les mots d’argot, particulièrement les obscènes, qui m’ont souvent servi de second passeport.

Quelle coutume ou tradition vous a plus particulièrement marqué ?

La manière de vivre japonaise, car elle mêle modernisme et traditions séculaires, ce qui fait du Japon un pays surprenant, tout à la fois à la pointe des innovations technologiques, et imprégné d’une histoire ancienne qui régit chaque aspect de la vie en société.

Est-ce le danger qui vous motive lorsque vous traversez des pays qui sont en guerre ?

En quelque sorte oui. C’est un danger, mesuré, qui m’apporte un frisson que peu de gens peuvent s’offrir, ni ne peuvent comprendre.

Que faîtes-vous lorsque le temps ne vous permet pas de courir ?

Je continue de courir.

Pensez-vous arrêter un jour ces longs voyages afin de mener une vie plus stable ?

Je ne pense pas m’arrêter un jour de voyager car ce sont justement ces voyages qui m’apportent la stabilité. J’ai décidé de décider moi-même de mes décisions. Pour vivre une existence satisfaisante, il faut garder un esprit d’entrepreneur, même si ce terme ne s’applique pas à un groupe.

Sortie du livre “Les Routes de la Foi” (Le Cherche Midi Editeur) 1er trimestre 99

LE MATERIEL DE VOYAGE
Le sac à dos de Jamel n’excède pas les 7 kg – dont 5 de matériel photo – autant dire qu’il voyage plutôt léger, mais un conseil ne vous avisez pas de faire la même chose !
– un short pas trop échancré et résistant
– un tee-shirt en coton et un 2e qu’il porte
– un pull à manches longues
– un pantalon bleu-marine passe-partout en coton résistant
– une paire de chaussettes
– une montre et un altimètre, une boussole, un couteau, une timbale
– un dictionnaire du pays en anglais
– un carnet et un stylo
– une ceinture pour les papiers et le passeport
– une brosse à dent et de l’aspirine
– et de l’argent, envion 4 000 USD (20 000 FF) pour 18 mois de voyage

Pays : France

Gaëlle Ranchon