ISABELLA BIRD (Fushigi no Kuni no Bird) volume 1 de Taiga SASSA

La collection Kizuna des éditons Ki-oon, lancée en mars 2017, s’enrichit d’un troisième titre après Reine d’Égypte et Hanada le Garnement. Il s’agit d’Isabella Bird – Femme exploratrice, signé par Taiga Sassa. Publié depuis 2013 dans le magazine Harta, où l’on retrouve le célèbre Bride Stories cette série s’inscrit également dans le récit d’exploration et de découverte de coutumes typiques. Mais là où le titre de Kaoru Mori est une pure fiction, Isabella Bird s’inspire des voyages de l’aventurière éponyme, ayant réellement vécu au XIXème siècle. Cette exploratrice britannique a ainsi sillonné l’Australie, les États-Unis et plusieurs pays d’Asie, entre autres, en posant ses impressions sous la forme de lettres envoyées à sa sœur Henrietta. Plusieurs de ces récits ont ensuite été compilés en livres, qui sont rapidement devenus des best-sellers.

Le manga de Taiga Sassa se base sur le voyage de l’exploratrice britannique au Japon, en l’an 1878. Partant depuis Yokohama, Isabella projette de traverser le Honshû du sud vers le nord, pour se rendre ensuite sur l’île d’Ezo (ancien nom de Hokkaido) et rencontrer le peuple Ainou. Mais avant de prendre la route, elle devra tout d’abord se trouver un guide-interprète suffisamment qualifié. Pour cela, elle se rend chez le médecin et missionnaire James Hepburn (inventeur du système du même nom permettant de retranscrire le japonais). Les candidats se multiplient, mais ceux qui pourraient faire l’affaire ne se sentent pas prêts à entreprendre un périple aussi intense ! C’est alors que se présente un jeune homme taciturne, Tsurukichi Ito…

Dès lors, l’histoire se décompose en chapitres qui sont autant d’escales pour le duo. Chaque chemin, chaque rencontre est une source d’émerveillement pour Isabella, que ce soit dans la découverte de l’artisanat, des constructions saintes, des traditions de la maison, sans oublier la nourriture ! Les différences culturelles seront également sujettes à divers malentendus, qui pourront provoquer des situations joyeusement gênantes. Cela pourra même toucher à des questions plus intimes, notamment le rapport des deux cultures face à la nudité, ou encore le rite de passage à l’âge adulte d’une jeune fille présenté dans le dernier chapitre. Il semble impensable pour Isabella (et pour le lecteur occidental) que l’on puisse célébrer les premières règles ! Cependant, l’auteur se défend de tout jugement, de toute critique, pour s’orienter vers l’acceptation des coutumes de l’autre…

En outre, il faut rappeler qu’à cette époque, cela fait seulement vingt ans que le Japon s’est rouvert au reste du monde, après deux siècles de politique isolationniste. Aussi, dans la population rurale, Isabella reste le premier visage occidental que les locaux verront dans leur vie. Cela entraîne une forme de curiosité réciproque, pouvant devenir inquiétante par moments… d’autant que plus Isabella s’enfoncera dans le pays, et plus ces situations se répéteront ! Cependant, les peuples japonais croisés au cours de ce volume sont présentés avec un caractère bienveillant, voire innocent… ce qui n’est pas le cas dans l’autre sens. Un chapitre en particulier posera le problème de la position dominante que s’autorise certains occidentaux installés au Japon, avec tout le racisme sous-jacent qui en découle.

Mais si l’aventure est plaisante, c’est avant tout grâce au tandem formé par Isabella et Ito. L’aventurière, très émotive, s’extasie et rougit à chaque découverte, au point de paraître un peu cruche par moments. Ito, quant à lui, est plutôt inexpressif, avec un regard désabusé. Il vient ainsi contraster et tempérer l’enthousiasme d’Isabella, mais lui prodigue des informations et conseils bien utiles. Très vite, l’alchimie opère entre les deux personnages, et l’on pourrait même imaginer un soupçon d’attirance entre eux !

Avec une ligne très proche de celle de Kaoru Mori, Taiga Sassa nous offre une véritable immersion dans le Japon de la fin du XIXème siècle. Ses planches fourmillent de détails, dans les vêtements, objets et paysages que découvre Isabella. Les personnages sont quant à eux très expressifs, et partagent une forme de joie de vivre qui offre à ce récit de voyage un véritable côté feel-good. En revanche, du côté de l’édition (originale comme japonaise), on aurait aimé un peu plus d’informations sur la véritable Isabella Bird. A part dans le résumé en quatrième de couverture, il n’est jamais fait mention de l’existence de l’aventurière, au point que cela pourra échapper à plus d’un lecteur !

Alain Broutta

ISABELLA BIRD (Fushigi no Kuni no Bird) volume 1 de Taiga SASSA (2013)
Histoire/Tranche-de-vie/Aventure, Japon, Ki-oon – Kizuna, octobre 2017, 208 pages, livre broché 7,90€