Interview de Mamoru Hosoda, réalisateur de La traversée du temps

> en salles à partir du 4 juillet 2007

D’après Yasutaka Tsutsui, l’auteur du roman éponyme, votre film n’est pas une version cinématographique du roman mais une suite.
“Toki o kakeru shôjo” (“La traversée du temps”) avait déjà été adapté sept fois en prise de vues réelle. A chaque fois, le film correspondait à l’environnement de l’époque, aux problèmes sociétaux, à la pollution, …
Pour cette huitième adaptation, cette fois-ci par le biais de l’animation, j’ai souhaité mettre en lumière les relations entre les personnages et cette jeunesse, qui aujourd’hui, semble avoir perdu la foi et ses rêves. M. Tsutsui, lorsqu’il a lu notre scénario m’a dit qu’il était complètement différent de son œuvre, et qu’il en était très content. Et le jour de l’avant-première, il a dit qu’on pouvait vraiment considérer ce film comme une suite à son œuvre. C’est le plus bel hommage qu’il ait pu me rendre.

Avez-vous, et dans quelle mesure, travaillé avec le scénariste Satoko Okudera ?
Lorsque j’ai demandé à Mme Okudera d’écrire le scénario, j’avais en tête quelques idées sur le personnage de Makoto, et les interrelations entre les différents protagonistes. A la base, ce devait être une histoire SF, de voyage dans le temps. Avec Satoko Okudera, nous avons souvent été sur la même longueur d’onde, même si le scénario fut long à finaliser. Ce fut une expérience extraordinaire, elle a su mettre sur le papier ce que je voulais transmettre.

La fin du film a été réalisée par le studio Madhouse, le même que pour “Paprika”, autre roman de Yasutaka Tsutsui adapté au cinéma par Satoshi Kon.
Avant de commencer mon travail chez Madhouse, j’ai été pendant 14 ans, animateur et metteur en scène à la Toei, un studio formaté pour les productions destinées aux jeunes enfants. Lorsque j’ai commencé le projet de La traversée du temps, j’en ai discuté avec M. Maruyama, le patron de Madhouse, et celui-ci m’a exprimé son enthousiasme, et m’a laissé carte blanche pour le réaliser. La grande différence avec les autres studios, c’est que Madhouse laisse les réalisateurs libres de leur mouvement leur permettant d’aller jusqu’au bout de leur pensée. Je voulais un nouveau challenge : faire un film pas uniquement pour les enfants mais pour un public plus large. L’expérience acquise au studio Toei m’a énormément servi à Madhouse, où j’ai pu travailler librement avec un staff extrêmement doué.

Au Japon, est-il facile de passer à la réalisation ?
Dans le domaine de l’animation au Japon, il est certain que lorsque l’on s’appelle M. Miyazaki, c’est plus facile. Ces derniers temps dans le milieu du cinéma, il est difficile de trouver des financements, il faut être soit avoir un nom, soit un projet en béton, ou adapter une œuvre extrêmement connue.
C’est injuste mais c’est comme ça. Heureusement des studios comme Madhouse, ont une vision différente et donnent leur chance à de nouveaux auteurs ou réalisateurs.


Combien de personnes ont travaillé à vos côtés pour ce film, et combien de temps vous a-t-il fallu pour le réaliser ?
Comme vous avez pu le constater sur le générique de fin, qui est plutôt long, nous étions environ 300. La production a débuté en février 2004, et pendant 18 mois nous avons développé les personnages et le scénario. L’animation a elle débuté en août 2005, pour une sortie cinéma prévue début juillet 2006. On a donc travaillé 11 mois sur l’animation proprement dite. La durée totale est d’environ de 2 ans et demi.
Le film a coûté 2,5 M d’euros. C’est relativement peu pour un film d’animation de ce niveau.

Kadokawa Herald Pictures est aussi producteur ?
Au Japon, les romans de M. Tsutsui sont diffusés, publiés par la maison d’édition Kadokawa. Lorsque Madhouse s’est impliqué, M. Maruyama, a présenté le projet aux éditions Kadokawa, sachant qu’elles diffusaient déjà des romans de cet auteur.

Ce film a remporté de nombreux prix au Japon dont celui du meilleur film d’animation de l’année au Tokyo Anime Fair. Vous attendiez-vous à un tel accueil ?
Non. Le film est resté 40 semaines à l’affiche au Japon. En juillet 2006, il est tout d’abord sorti dans 6 salles, en septembre, il était dans 14 salles. Il a réalisé 200 000 entrées.
Je pensais toucher les adolescents japonais, mais lors de sa diffusion à l’étranger, les différents publics ont éprouvé les mêmes sentiments. Finalement, nous ne sommes pas si différents que ça !

Pourquoi le studio Kadokawa a adopté cette stratégie de distribution ?
Je ne suis pas réellement au courant de la stratégie, parce que j’étais concentré sur mon film.
Par contre, ce qu’il faut savoir, c’est qu’au Japon, en juillet, il y a énormément de films qui sortent au cinéma., ce qui explique qu’au début nous n’avions que très peu de salles. Si nous avions déplacé la sortie en septembre, nous aurions pu obtenir beaucoup plus de salles. Comme vous avez pu le constater, l’histoire se déroule en été, et je voulais absolument le diffuser pendant cette période pour coller à l’univers du film.
En France, “La traversée du temps” sortira en salles le 4 juillet, et j’en suis ravi, Kaze et Eurozoom ont parfaitement compris ma démarche. C’est également le cas en Corée, à Taïwan, où le film est sorti pendant cette même période.

Dans quels autres pays “La traversée du temps” a t-il été montré ?
Lors de festivals, aux USA, au Canada, en Italie et maintenant en France grâce à Annecy.
Pour les sorties cinéma : Corée, Taiwan, Hong-Kong et Singapour pour l’Asie. Et en Europe : Italie, France et Allemagne.

Vous êtes actuellement chef de projet au studio Gonzo, et vous travaillez sur une adaptation animée des aventures de Peggys, parlez nous de ce projet ?
Après la production de Totikake (La traversée du temps), j’ai été contacté par le studio Gonzo, pour travailler sur Peggys. Malheureusement, je ne fais plus partie de ce projet pour diverses raisons. J’aurais aimé travailler sur ce personnage féminin, sa manière d’être, de vouloir se battre pour grandir, obtenir son indépendance, malheureusement cela ne sera pas le cas.

Quels sont vos projets ?
Je travaille toujours avec Madhouse, sur un projet d’animation pour un public familial, que j’espère achever début 2009. Je ne peux malheureusement pas vous en parler pour l’instant, car il n’est pas finalisé.

Réalisé au Festival international du film d’animation d’Annecy (juin 2007)

Pays : Japon

Vanida Faymany & Jean-Pierre Gimenez