Hôzuki, L’Ombre du chardon d’Aki Shimazaki.

Après Le Poids des secrets et Au cœur du Yamato, Aki Shimazaki poursuit son nouveau cycle romanesque L’Ombre du chardon, centré sur l’intimité et dont Hôzuki est le 2è volet. Il sort en poche dans la collection Babel de chez Actes Sud.

Mitzuko vit avec son fils Tarô, sourd muet de 7 ans et avec sa mère qui a fait de la prison et a quitté son père, il y a des années. Elle est libraire d’occasion, férue de littérature et de philosophie non par les études qu’elles n’a pas faites mais plutôt par les amants qu’elle a eus. Elle est aussi entraîneuse le vendredi soir dans un bar de luxe, ce qui lui permet de joindre l’utile à l’agréable : l’indépendance financière et les discussions intellectuelles.

L’arrivée dans sa boutique d’une femme élégante et de sa fillette qui se lie tout naturellement à Tarô va peu à peu la replonger dans les circonstances de la naissance du petit garçon.

Comme dans ses autres courts opus, Aki Shimazaki nous plonge, l’air de rien, dans l’intimité de ses personnages, souvent féminins. Elle la dissèque avec la précision d’un lexicologue. A l’image, dans Hôzuki, des explications du japonais à l’intérieur même de la narration de Mitzuko ou du glossaire à la fin de l’ouvrage. Paradoxalement, Shimazaki écrit en français (Japonaise, elle vit à Montréal depuis 1991) des histoires fondamentalement niponnes. L’onomastique pratiquée par Mitzuko nous en fait saisir toutes les nuances à travers simplement la compréhension que chaque personnage peut avoir du nom de sa librairie : Kitô. Il signifie « prière » pour sa mère, catholique, tandis que pour elle, il se rapproche de « Hôzuki », le fruit physalis à la fois beau et amer, et qui, dans le langage des fleurs signifie le « mensonge »…

Avec beaucoup de subtilité et une poésie de chaque instant instillée par la narratrice de sa propre histoire, l’auteure explore la nature du sentiment maternel. A travers les 3 figures de femmes, elle en interroge les formes et la force des liens. On ne peut lâcher le livre avant la dernière page !

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Hôzuki L’Ombre du chardon , Aki Shimazaki, collection Babel, Actes Sud, 126 pages, 6,80€, 5 juin 2019.