Eté de Kikujiro [L’] de Takeshi Kitano

N’en déplaise à certains, Takeshi Kitano est un cinéaste majeur – certainement pas un effet de mode. La décontraction affichée dans L’Eté de Kikujiro le prouve. Elle répond à la maîtrise formelle et émotionnelle de Hana-Bi. Hana-Bi était un film-bulle, replié sur des silences, tendu et grave ; L’Eté de Kikujiro est complètement lâché, sans véritable enjeu – juste le besoin de souffler, de s’amuser. Tous les écarts du film valent pour un formidable pied-de-nez. En ce sens, L’Eté de Kikujiro est une admirable récréation, des vacances de cinéma. Parce Kitano s’admet dilettante. Ici, il quitte la raideur tragique de Nishi et endosse les manières débraillées de Kikujiro. Du coup, c’est tout le film qui se plie au caractère négligé de cet ex-yakusa, actuel looser, bref, ce médiocre. Un piètre tuteur (il assure très mal les besoins quotidiens de l’enfant) qui n’a pas son pareil lorsqu’il s’agit de mettre en scène le grotesque – Kitano se place systématiquement en deça du sérieux. Il réalise là une pure comédie et investit le burlesque sans effort. On le sait, Kitano connaît les rouages du gag, les traits sensibles de la caricature. Alors, soudain, tout devient inconséquent, tout devient drôle. Voire furieusement drôle, surtout dans la dernière partie où des compagnons de jeux inopinés s’improvisent Tontons Farceurs (hommage à Jerry Lewis ?) pour que Masao, l’enfant, ne s’ennuie pas.
L’Eté de Kikujiro cahote, Kitano cabotine. Il fait l’enfant : il boude, il chaparde, il casse la figure de celui qui agresse son copain plus faible. Comme rien n’est jamais sérieux, chaque acte de Kikujiro ne peut que se retranscrire à une échelle juvénile du langage. Masao sert de prétexte aux propres vacances de Kikujiro, tout comme Kikujiro sert de prétexte aux propres vacances de Kitano, habité par une envie de comédie humble, humble certes mais qui se pense néanmoins au travers d’aînés (Chaplin, Tati, Lewis, …). Aussi la modernité de Kitano est là : elle s’écrit simplement en puisant sa magie au coeur même du cinéma.

Éditeur :

Pays : Japon

Alexandra Martinez