Entretien avec Kate Reidy, directrice adjointe et programmatrice du Festival Blackmovie à Genève

Pourrais-tu – brièvement – résumer la genèse, la quintessence et ton implication au Festival de Black Movie ?

Le festival Black Movie a été créé en 1985 par Katharina Von Flotow. Au départ, il s’agissait d’un festival orienté uniquement vers le cinéma et la culture africains, d’où le nom du festival. En 1999, la directrice est partie laissant la suite à Virginie Bercher et Maria Watzlawick qui ont co-dirigé le festival depuis. Elles ont ouvert la programmation à l’Asie et à l’Amérique latine et ont recentré le contenu uniquement sur le cinéma.
Pour ma part, j’ai rejoint l’équipe en 2000 et mon rôle a progressivement évolué jusqu’à la co-direction actuelle. Nous programmons à quatre et organisons à trois.

Le Festival semble avoir pas mal évolué au cours de ces dernières années ?

Le festival a énormément évolué. La présence du cinéma asiatique n’y étant pas pour rien. Nous avons aussi constaté une baisse de l’âge du spectateur moyen, et plus globalement on peut dire que nos choix se sont affinés et que nous sommes véritablement devenus un festival de cinéphiles organisé par des cinéphiles. Nos choix sont purement esthétiques et de contenu. Nous n’avons aucune obligation ou pression quant à nos choix de programmation, notre festival n’étant pas compétitif.

Quel est le bilan du festival pour cette année ?

Le bilan est excellent, aussi bien en chiffres qu’en faits. 20% d’augmentation, soit près de 17 000 festivaliers. Des retours élogieux de la presse et de notre public, ravis et de plus en plus prêts à nous faire confiance en allant voir “à l’aveugle” des films radicaux et exigeants. Nous sommes ravies.

Vos films, à l’instar de ceux présentés dans le cadre du Festival de Berlin placé à la même période, semblent avoir une forte connotation politique ?

Les films ont tous toujours une forte connotation politique. Les choix de contenu ou d’esthétique sont des choix politiques. Faire un film comme un produit avec une destination précise est un acte politique. Faire un film en risquant sa vie à cause des thèmes qui y sont abordés est éminemment politique.

Des films sélectionnés et des propos des réalisateurs, il en est ressorti une forte omniprésence (castratrice) des gouvernements mondiaux ?

Cela m’a également frappé cette année. Dans le gros plan sur Singapour bien sûr, mais également là où on l’attend le moins : au Japon par exemple. Le réalisateur de Bashing, Kobayashi s’expose à un traitement similaire à celui qu’il décrit dans son film (une mise au ban social pour lui et sa famille) et a été contraint de cacher ses enfants pendant le tournage, ayant été menacé de mort. L’état de la censure est effectivement très inquiétant aujourd’hui. Ceci s’est imposé à nous. Ce n’était pas un choix conscient de départ.

Pourquoi un focus sur le cinéma singapourien ?

Eric Khoo et Royston Tan sont les deux noms qui expliquent ce choix. Ensuite, il y a eu l’opportunité de découvrir la cinématographie de Singapour en août dernier grâce au Screen Singapore Festival, notamment initié par Raphaël Millet, fondateur de la cinémathèque d’Asie du Sud-Est, journaliste et actuellement basé à Singapour. A cette occasion j’ai eu l’opportunité de découvrir énormément de films singapouriens, dès lors, il fut évident qu’il y avait un programme intéressant à monter. Mais le point de départ, a été le talent de Royston Tan et d’Eric Khoo.

Des spectateurs français semblaient surpris de trouver un certain nombre de films asiatiques déjà sortis en salles ou en DVD en France, alors qu’ils étaient considérés comme une Première pour le public suisse ?

Effectivement on peut s’en étonner. Ces films sont également disponibles pour certains d’entre eux en DVD en Suisse. Cependant d’une part ils ont encore un public à trouver qui ne les a pas découverts et d’autre part une diffusion en 35mm sur grand écran, par exemple pour les Suzuki, est un événement que notre public souhaite ne pas rater. Concernant la distribution des films elle est quand à elle quasi inexistante pour les films que nous avons montrés, 98% n’étant pas sortis en salles et sans perspectives de l’être.

Quel est votre bilan de la présente édition et avez-vous déjà des idées pour la prochaine édition ?

Le jour après la fin du festival est sans doute une journée où il m’est très difficile de projeter au-delà des urgences premières pour boucler l’édition qui vient de s’achever…
Revenons-y dans quelques temps !

(Propos recueillis par Bastian Meiresonne en février 2006)

Pays : Suisse

Bastian Meiresonne