ARTE volume 7 de Kei OHKUBO

A la grande surprise des domestiques de la maison Fariel, la petite Caterina se comporte enfin comme une personne de son rang, au grand bonheur de sa mère. Elle reprend donc un cours de vie plus « normal » pourrait-on dire, qui cependant lui empêche de voir Arte autant qu’elle le souhaiterait. En effet celle-ci est maintenant occupée par son autre objectif, faire le portrait de Dame Sofia et de Caterina par la même occasion. Un peu déçue de ne plus pouvoir profiter de son amie, la petite fille demande à Daphne de l’informer de tout ce qu’elle fait. Et justement celle-ci s’inquiète car Arte se met à ne plus manger et à travailler extrêmement tard. En plus de ses escapades en ville pour visiter des ateliers Cela semble coïncider avec la visite d’un atelier que Caterina, en imposant sa présence, avait fait avec elle et depuis on la dirait sous pression. La petite fille finit par l’obliger à l’accompagner à un repas chez Youri mais à un moment elle tombe évanouie à cause de la fatigue. A son réveil, son mécène n’est pas tendre avec elle car elle a fait pleurer Caterina : il lui impose d’arrêter de se surmener. Quel est le problème d’Arte qui l’a met dans cet état ?

Une fois l’histoire de Caterina entièrement dévoilée et ses manières corrigées, l’atmosphère change à la maison Fariel. Le manga se recentre sur Arte, notamment sur son ressentiment et sa culpabilité face à sa situation. En effet, ce que l’on lui dira dans un atelier fera remonter pour elle des vérités qui ne lui plaisent pas et qui pour une fois vont beaucoup la travailler. Il faudra l’intervention de Caterina (et aussi un peu Youri), qui a accepté ce qu’elle est, ce que sa naissance lui a apportée, pour qu’elle comprenne qu’elle n’est pas responsable de ses origines. Même si cela lui coûte d’utiliser les avantages de sa condition, Arte, même en étant une femme, est talentueuse et étant aristocrate, elle a des relations ce qu’il fait qu’elle peut plus facilement trouver du travail. Youri insistera sur le fait qu’elle ne doit pas avoir honte de les utiliser vu qu’elle est née comme cela. C’est à elle d’avancer en fonction de cela et pas contre, qu’elle doit en être fier. Elle doit se rendre compte des avantages qu’elle possède alors qu’elle ne pensait qu’aux inconvénients que son statut de femme lui procure dans son métier. C’est donc une grosse mise au point sur la mentalité d’Arte, sur la volonté d’être reconnue comme une vraie artiste. Cela sera aussi pour elle l’occasion de prendre une grande décision : doit-elle rester ou revenir auprès de son maitre ? Quel choix doit-elle faire en fonction de ce que l’on lui offre ? Ses questionnements permettent une mise au point sur l’art à cette époque, qui commence à voir apparaitre un tournant par rapport à son financement et à la qualité du travail que l’on demande aux artistes. Rien n’est simple pour tout le monde désormais et Arte doit saisir les chances que lui sont données. Dans ce tome également, nous découvrons le triste passé de Daphne, qui explique ses relations étranges avec les autres domestiques, Youri et même Caterina. La condition des femmes n’était décidément pas simple à l’époque même dans les familles riches, la carrière, le prestige et le qu’en-dira-t-on étant plus importants. En plus de l’art, ce manga nous dépeint la vie des personnes de l’époque, notamment les femmes, avec tout le cortège de règles, de préjugés et de traditions qui restreint leur existence. Nous ne pouvons pas dire qu’elles soient malheureuses, vu qu’il en est ainsi depuis des décennies ; mais un peu de recul permet de voir le carcan qui les entoure.

L’intérêt et la réalisation de ce manga restent constants. La psychologie des personnages, le dessin très travaillé et détaillé, les multiples situations contribuent tous à le rendre riche et passionnant. Si la suite risque d’être assez triste pour Caterina, nous l’attendons tous avec impatience de découvrir ce que la décision d’Arte va entrainer. Rendez-vous tous au prochain volume.

Fabrice DOCHER

ARTE volume 7 de Kei OHKUBO (2013)

Tranches de vie/histoire/art, Japon, Komikku éditions, décembre 2017, 194 pages, livre broché 7.90 euros