Animation japonaise au Festival d’Annecy

Chaque année, en juin, Annecy devient la capitale mondiale du cinéma d’animation. Sur neuf longs métrages en compétition, quatre étaient asiatiques : Brave Story de Kôichi Chigira, Paprika de Satoshi Kon (déjà sorti sur nos écrans), Khan Luay du thaïlandais Kompin Kemgumnird et La traversée du temps de Mamoru Hosoda (Prix spécial du Jury) qui sortira au cinéma le 4 juillet et dont vous pourrez lire l’interview très prochainement sur le site Asiexpo.

Mais attardons-nous sur la dernière journée du festival, entre autres, consacrée à la projection de films japonais. Trois métrages hors compétition étaient en effet à l’honneur, trois films donnant chacun une vision différente de ce que peut être l’animation de l’archipel.

Le premier, “Atagoal wa Neko no Mori” (pas de titre français à ce jour) est un exemple de ce qu’on pourrait appeler le manga eiga “féerique”, à l’instar de films comme “Pompoko”, “Princesse Mononoke” ou encore “Le voyage de Chihiro”. L’histoire se déroule à Atagoal, un monde merveilleux peuplé de chats. Hideyoshi, énorme matou ventru, y mène une vie des plus paisibles, seulement préoccupé par l’idée de prendre du plaisir, et quel plus grand plaisir que celui de manger (si possible du thon) ? Mais l’existence sans souci de la cité va être troublée par le réveil accidentel de Pirea, la reine des plantes, qui régnait autrefois sur Atagoal.
La première scène du film est des plus enthousiasmante : déluge de musique, de couleurs, de danse, à l’image du héros pour qui “la vie est un festival”. Malheureusement, le spectacle finit rapidement par lasser, puis par irriter. Le film est certes visuellement spectaculaire, mais manque cruellement de poésie, de finesse et de classe, ce qui le rend indigeste. La faute en particulier au héros Hideyoshi, omniprésent, qui par son obsession de la nourriture et son attitude, devient agaçant puis carrément odieux. Un tel personnage fonctionnant dans l’excès amusera sûrement les plus jeunes, et le film pourrait leur convenir, s’il ne dégageait pas une morale aussi douteuse. En effet, d’une célébration de la différence et du libre-arbitre (qui égratigne au passage la religion), on passe à celle de l’individualisme (Hideyoshi ne pense qu’à lui et à son ventre, et n’a aucune considération pour ses amis).


La Traversée du temps

Les deux autres films projetés sont de parfaits exemples de l’exploitation commerciale dont les mangas à succès peuvent être l’objet.
“Gekijouban Hagane no Renkinjutsushi – Shanbara wo Yuku Mono” (Fullmetal Alchemist – Conqueror of Shamballa”) est en effet le prolongement d’une série de 51 épisodes, elle-même adaptée d’un manga à succès. Le film s’adresse avant tout aux fans de l’univers FMA puisqu’il reprend l’intrigue de la série là où celle-ci s’arrêtait, mettant en scène les mêmes personnages et le même univers. Ceux-ci pourront donc s’enthousiasmer de cette poursuite de l’aventure bourrée de clins d’oeil et plaçant des figures qu’il connaît bien dans des situations insolites (univers parallèle oblige). Le non initié n’aura lui pas grand chose à se mettre sous la dent, même si le métrage, qui ne prétend pas être autre chose qu’un divertissement (il s’agit d’un “shonen”, manga destiné aux adolescents) se laisse regarder.

“Ghost in the Shell: Stand Alone Complex : Solid State Society” est quant à lui la suite de la série “Ghost in the Shell: Stand Alone Complex” , cette dernière reprenant les thèmes et les personnages des films “Ghost in the Shell” et “Ghost in the Shell 2 : Innocence” de Mamoru Oshii, eux-mêmes inspirés du manga de Masamune Shirow (tout le monde a suivi ?). La franchise Ghost in the Shell se distingue cependant de FMA par le fait que le matériau de base est un seinen, c’est à dire un manga traitant de thèmes beaucoup plus profonds (rapports entre l’homme et la machine, questionnement sur ce qui fait l’être humain) et menant une réflexion très complexe. Dans “Solid State Society”, cet aspect est beaucoup moins présent que dans les deux premiers films, et il s’agit avant tout d’une passionnante enquête policière. Le métrage est rythmé, l’animation impeccable, et l’univers de la saga repris et développé habilement. Le film s’adresse ainsi aussi bien aux néophytes qu’aux familiers de Ghost in the Shell, qui en retrouveront avec plaisir les nombreux personnages.

Pays : Japon

Benjamin Leroy