4 films des débuts de Shohei Imamura sortent en DVD chez Elephant Classics films, ou la naissance d’un cinéaste.

Le destin de cinéaste de Shohei Imamura est assez paradoxal : n’ayant pas eu le temps de donner sa vie pour la victoire du Japon lors de la seconde guerre mondiale, il s’en va vivre dans le quartier de Shinjuku à Tokyo, repaire de prostituées et de yakuzas et y prospère en faisant divers trafics de contrebande. C’est L’ange ivre d’Akira Kurosawa qui le décide à passer le concours d’entrée des studios de la Shochiku. Et c’est ainsi qu’il devient le 4è assistant de Yasujiro Ozu avant de devenir un des fers de lance de la Nouvelle Vague japonaise puis du genre du pinku eiga, le cinéma érotique japonais puis enfin de remporter 2 fois la Palme d’or au festival de Cannes. Bref, de devenir l’un des plus grands cinéastes japonais avant de s’éteindre à 79 ans en 2006 sans avoir pu mener à bout tous projets.

 

Avec la sortie DVD de ces 4 films de jeunesse, on assiste à la naissance d’un cinéaste avec un style qui va s’affirmer progressivement. Désirs volés, son tout premier long métrage, en 1958, nous fait faire la connaissance d’une troupe itinérante de comédiens de Kabuki connaissant plus les vicissitudes du quotidien que le succès. Plus portés sur la bouteille que sur leur art, ces comédiens sont voués à vivoter d’autant qu’ils ne prennent pas le train de la modernité symbolisée par la tour de télévision d’Osaka qui domine de toute sa hauteur la ville grouillante d’une vie dynamique. Seul le régisseur saura saisir sa chance…en quittant la troupe !

Mon deuxième frère, de 1959, s’arrête sur l’île de Kyunshu, habitée par des familles de mineurs d’origine coréenne et très pauvres. Dans un style proche du documentaire, Imamura nous fait sentir le dénuement de ces familles qui doivent se séparer pour mieux survivre.

C’est avec Désirs meurtriers, de 1964, que les thèmes et le style d’Imamura commencent à s’affirmer. Avec son portrait de Sadaku, femme au foyer un peu simplette qui se fait violer par un cambrioleur qui va tomber amoureux d’elle et lui proposer de s’enfuir avec lui ; elle va finalement cher.cher à d’en débarrasser ; Imamura inaugure le récit déstructuré. Mais c’est surtout le traitement de Sadako qui est original : l’accomplissement d’une femme par les sévices sexuels : un thème cher au cinéma érotique… On imagine comment le film a pu être reçu dans le Japon de 1964.

Et puis on découvre le film qui a mis un coup d’arrêt à sa carrière pendant une dizaine d’années : Le profond désir des Dieux en 1968. Son regard d’ethnologue d’une société qui vit en vase clos sur une île y prend toute son ampleur. C’est un échec retentissant cependant !

Camille DOUZELET

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