1945 après JC, le 6e jour du 8e mois

1250 av JC : l’Exode conduit par Moïse ; 753 av JC : fondation de Rome ; 563 av JC : naissance de Bouddha ; 33 ap JC : mort du Christ ; 1492 ap JC : découverte des Amériques ; 1789 ap JC : Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Autant de dates qui ont marqué l’Histoire de l’Humanité. La dernière est plutôt récente : une matinée ensoleillée sur la côte méridionale du Japon, petit archipel de l’Ouest Pacifique. Un instant éphémère au sein d’une histoire millénaire, celle du Temps.

6000 années de création

L’Homme, où qu’il se situe sur notre planète, a sans cesse été témoin de mouvements célestes. Le soleil qui se lève et se couche, la lune qui apparaît et disparaît, … et ce temps qui défile, qui ne s’arrête jamais, il a voulu le dompter, le maîtriser. Grâce à la périodicité des saisons, l’Homme a pu inventer l’année solaire. En 4241 avant notre ère, les égyptiens, très en avance sur leur époque, l’ont fixée à 365 jours (une telle précision dûe au lever héliaque de l’étoile Sirius à laquelle ils vouaient un culte sans précédent).
La semaine était alors de 5 jours, et de la grandeur Babylonienne naquit le calendrier lunaire en 432 av JC ; calendrier d’une telle précision que César l’utilisera pour mettre au point son calendrier Julien. Mais la semaine passa à 7 jours (grâce aux 7 astres présents dans les cieux), et se répandit au rythme de l’invasion Romaine. Pour des raisons pascales, le pape Grégoire XIIIe supprima quelques jours ; le calendrier Grégorien naquit en octobre 1582.
Mais le problème de temporaliser la journée était toujours présent. Dès le 8e siècle, l’horloge à sable était utilisée en Europe, puis l’horloge à chandelle un siècle plus tard. En Asie, c’était l’encens qui matérialisait le temps dès le XIe siècle. En 1583, Galileo Galilei découvrit le pouvoir de l’oscillation ; le pendule était né, et tous les monuments religieux s’en équipèrent pour indiquer à la population du village l’heure. On se permit même de faire sonner les cloches toutes les heures, toutes les demi-heures, tous les quart-d’heures, toutes les cinq minutes même, pour montrer aux gens que le temps passe et que l’on en est conscient.
Révolution atomique oblige, le XXe siècle au nom de Albert Einstein insère la donnée temporelle au sein de l’espace tridimensionnelle. L’espace temps est né, et l’homme en est devenu maître. Il se permettra même de le dominer en commettant l’intolérable.

Une seconde de destruction

8h10, il fait beau, une femme étend son linge ; 8h11 je me rends à l’arrêt de bus, j’ai peur de le rater ; 8h12 mon regard se penche vers ces enfants qui courent ; 8h13 je regarde à nouveau ma montre je suis pressé ; 8h14 je lève les yeux au ciel pour admirer le soleil ; 8h15 plus rien. Inutile de regarder ma montre, la petite aiguille ne bougera plus, le temps s’est arrêté, la vie s’est arrêtée, l’Histoire a tracé un trait sur son passé, plus rien ne sera comme avant, car avant n’existe plus.
En larguant une bombe sur Hiroshima, l’humanité s’est dotée d’un pouvoir bien plus que destructeur, un pouvoir divin qui agit au plus profond de son Histoire. En se permettant d’arrêter le temps, l’homme s’est permis de jouer avec la vie donc avec sa mort, avec l’avenir donc avec son passé. Il a inscrit un instant sur sa chronologie et l’histoire ne peut plus être pareille après cette date. Car les événements du 6 Août ne sont pas seulement à inscrire dans l’histoire japonaise, mais ils font partie intégrante de l’Histoire de l’humanité. Dans 500 ans, notre siècle, qui est certainement le plus optimiste qu’ait connu l’homme depuis le début de la civilisation, sera dans l’histoire qu’au travers d’Amstrong et d’Hiroshima.
L’important dans cet acte tragique se veut plus que matériel ; cette date est historique non pas parce qu’elle a donné la mort à des milliers d’individus, mais parce que c’est ce jour là, et à cette heure précise que l’homme a pris une décision irrévocable. A une époque où l’on ne cesse d’accuser des individus pour crime contre l’humanité, il serait temps que l’humanité elle même réponde de sa faute, celle d’avoir largué une bombe atomique. Car le crime n’est pas américain ou japonais, encore moins russe ou européen, il est tout simplement terrien. Et le Parc de la Paix à Hiroshima nous en fournit la preuve : “Ici est tombée la première bombe atomique de l’Histoire de l’humanité.”
Date historique, cet événement prend toute son importance dès que l’on se rend dans cette ville post-atomique. Au sein même de l’épicentre, un espace de verdure, un lieu où règne la mort, un lieu silencieux, un lieu de culpabilité, un lieu historique : le Memorial Peace Museum.

Hiroshima : les définitions…

Lorsque l’on parle d’Hiroshima, plusieurs définitions nous viennent à l’esprit. On pourrait dire : ville du Japon, malheureusement on pense plus souvent au nom de la bombe (la bombe d’Hiroshima), ou à une unité de mesure (c’est l’équivalent de 100 bombes d’Hiroshima). Mais Hiroshima, c’est aussi une mecque, un lieu de pèlerinage que tout être humain se doit de faire.
Au sein de la ville, au point 0, le Memorial Peace Museum représente l’unique endroit sur Terre où se dégage un tel message de Paix. Mais ici aussi, le temps s’est arrêté. La flamme de la Paix brûle sans cesse, elle ne se consume jamais, elle pourrait paraître éternelle, mais elle est en fait à jamais figée. Le Pont de la Paix attire intemporellement notre regard sur l’unique vestige du désastre, symbole de la destruction définitive. L’Horloge de la Paix quant à elle ne nous indique pas l’heure, elle ne sonne qu’une fois par jour, à 8h15 précise pour nous rappeler à quelle heure l’heure s’est arrêtée pour jamais.
Déambuler dans le parc n’est pas chose facile, les pierres tombales jonchent le sol par dizaines pour nous rappeler sans cesse ce qui s’est produit en ce lieu. Nombreuses sont les personnes qui viennent se recueillir et prier. Un silence étrange règne, un silence conscient, un silence prémédité, car ici, seule la réflexion est nécessaire, parler n’aurait plus de sens, l’acte a déjà eu lieu.
Quant au Musée de la Paix, son message est simple : PEACE AND LOVE ON THE WORLD. Stopper l’activité nucléaire et plus jamais de nouvel Hiroshima. Message entendu jusqu’à présent, et qui je pense sera éternellement entendu.

Alors si un jour, vous vous rendez au Japon, s’il vous plaît, faites un tour à Hiroshima, vous ressortirez changé de votre séjour au pays du soleil levant. Car Hiroshima elle-même a changé la face du monde.

Pays : Japon

Gérald Ligonnet