Après Haru et Natsu (1) puis Aki et Fuyu (2) voici Yoru et Fuji. La collection Le monde flottant se propose d’associer et même de faire dialoguer estampes et poésie. En effet les haïkus du célèbre Kobayashi Issa (1763-1828) s’inspirent, comme les gravures de ces deux ouvrages, de la nuit et du mont Fuji.
Dans Yoru les estampes de nuit magnifient la contemplation de la lune aussi bien que du lever de soleil ou des floraisons nocturnes de prunier. Elles immortalisent les premiers flocons de neige. Dans son obscurité, pins et humains ne sont plus qu’ombres. La nuit c’est aussi le moment où l’humain est au plus proche de la nature et où la solitude se ressent le plus. La poésie en fait aussi un thème de prédilection. « Mijikaku te yo wa omoshiro ya natsukashi ya ». Autrement dit : « Les nuits brèves / pleines de charme / éveillent la nostalgie ». Ou bien encore : « Tsuki koyoi yama wa kokyo ni nitaru kana » : « Sous la lune ce soir, / la montagne ressemble / à mon pays natal ». Tristesse et beauté se mêlent.
Les estampes du mont Fuji magnifient cette montagne sacrée, ou plus prosaïquement ce volcan endormi depuis 1707. Lieu de pèlerinage important pour les Japonais, il est de tous les paysages soit comme sujet principal soit comme fond de scènes quotidiennes, domestiques ou champêtres. « Asa Fuji no atama e horu sanae kana » : « Au matin / vers le sommet du mont Fuji / lancer les jeunes pousses de riz ».
Nombre d’ukiyo-e d’Hiroshige ou d’Hokusai côtoient des œuvres des XIX et XXè siècles, de style Shin hanga (3) de Kawase Hasui, Tsuchiya Koitsu, Ohara Koson et bien d’autres.
Plaisir de tous les sens que cette association. « Asakusa ya yajiri no Fuji mo naku hibari » : « À Azakusa / derrière la maison le mont Fuji / et une alouette qui chante ». Elle reflète à merveille le principe si zen de l’impermanence des choses, de ce monde flottant (4).
Il est toujours bon de se régaler des splendeurs douces et enveloppantes de ces arts nippons si singuliers et inégalés.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
(1) Lire notre chronique : https://asiexpo.fr/haru-estampes-de-printemps-et-natsu-estampes-dete-accompagnees-de-haikus-de-basho-paraissent-chez-scala/
(3) Lire notre chronique sur le Shin hanga :https://asiexpo.fr/le-raffinement-de-kyoto-estampes-et-peintures-de-kato-teruhide-parait-chez-scala/
(4) Lire entre autres :https://asiexpo.fr/images-du-monde-flottant-estampes-japonaises-dans-la-collection-du-musee-des-beaux-arts-de-boston-de-sarah-e-thompson/
Yoru et Fuji, 62 pages par volume, 14,90 €, collection « le monde flottant », éd. Scala. En librairie le 21 août 2026.


