Wuhan, ville close, journal de Fang Fang paraît chez Stock.

L’écrivaine wuhannaise Fang Fang, dans son nouveau livre traduit du chinois  : Wuhan, ville close, nous narre par le menu, le confinement dans son appartement. Notons que le livre n’est pas paru en Chine.

Tout au long de ses soixante billets quotidiens qu’elle poste sur Weibo et Wechat (les Facebook et Tweeter chinois) l’écrivaine cherche à communiquer à ses compatriotes ce qu’elle perçoit de sa situation personnelle tout autant que celle de sa ville de la province du Hubei. C’est pour cela qu’au fur et à mesure de ses articles, l’ensemble prendra rapidement la forme d’un journal du confinement.

Elle nous tient au courant de la situation de sa famille, mais aussi de son chien. Si sur un plan individuel, l’essentiel pour elle se passe bien là, sur un plan collectif, toutefois, le plus intéressant provient de ses relations avec ses nombreux amis médecins de Wuhan et autres scientifiques.

Ils l’aident, par leurs connaissances réelles de la situation, à enrichir ses textes. Elle y donne une vision assez claire de l’ampleur des évènements au sein des hôpitaux et donc du nombre de cas de contamination et de mortalité. Idem pour l’avancée et la diminution de la contagion au fil des semaines. Forte de ces informations, elle n’hésite pas à en faire part à ses lecteurs en toute honnêteté. Lorsqu’elle ne sait pas, elle le reconnaît et s’en remet toujours à une autorité. Toutefois, cela ne l’empêche pas de poser de nombreuses questions sur la responsabilité des dirigeants. Ce qui lui vaut des attaques de la part d’anonymes nationalistes semble-t-il. Toutefois, le plus grave vient de la suppression systématique de ses billets d’humeur. Sans doute causée par la censure gouvernementale…

C’est dans un style simple et presque naïf que l’autrice nous fait part de son quotidien. Si, personnellement, elle s’en sort relativement bien, étant entourée de nombreux amis ainsi que de sa famille, cela ne l’empêche pas de chercher à cerner la vérité avec une opiniâtreté parfois vindicative et donc de mettre en péril son image de « privilégiée ».

On la comprend déterminée. Rien ne la fait dévier de son but alors que depuis pas mal de temps, elle subit une censure toujours prête à ruiner ses efforts aussi sincères que pertinents comme au cours de la publication d’un précédent ouvrage : Funérailles molles.

Il s’agit bien là d’un témoignage de citoyenne qui ne s’en laisse conter par quiconque et tient à rendre public ce qu’elle découvre en bien ou en mal.

Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON

Wuhan, ville close, journal, Fang Fang, traduit du chinois par Frédéric Dalléas et Geneviève Imbot-Bichet, éd.Stock.