JE VOUDRAIS ETRE TUE PAR UNE LYCEENNE volume 1 d’Usamaru FURYA

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Dans le registre du manga auteurisant, Usamaru Furuya s’est imposé comme un artiste au style relativement tranché mais qui peut s’avérer pourtant accessible, à l’instar d’un Inio Asano ou d’un Atsushi Kaneko. Il s’est ainsi essayé à des univers et registres très différents, de ses débuts avec l’inclassable Palepoli aux plus mainstream Tokyo Magnitude 8.0. Avec Je voudrais être tué par une lycéenne, titre en deux volumes publié au Japon en 2013, l’auteur exprime une sorte de retour à ses fondamentaux : la fascination pour la mort et le mal-être lycéen, tel que l’on a pu les savourer dans Le Cercle du Suicide ou Genkaku Picasso.

Le récit met en scène Haruto Higashiyama, ancien docteur en psychiatrie qui a décidé de plaquer copine et boulot pour devenir professeur d’Histoire-Géo au lycée de Nitaka. Une décision guidée par un trouble psychologique très particulier : l’autassassinophilie, c’est-à-dire désirer (au sens sexuel du terme) se faire tuer par une autre personne. En l’occurrence, Haruto a pour fantasme de mourir étranglé par les mains d’une lycéenne. Il a ainsi jeté son dévolu sur la belle Maho Sasaki, 16 ans, membre du club d’archéologie que lui-même dirige, et se donne un délai d’un an pour parvenir à ses fins…

Usamaru Furuya opte ici pour une narration chorale, les quatre premiers chapitres suivant un personnage différent. Le premier d’entre eux est bien entendu centré sur Haruto, puis l’on fait connaissance de sa « cible » : Maho Sasaki, demoiselle assez populaire qui s’est liée d’amitié depuis plusieurs années avec Aoi, une camarade atteinte du syndrome d’Asperger. Le troisième nous présente Yukio, un garçon fou amoureux de Maho au point d’avoir bossé comme un fou pour intégrer son lycée. Enfin, le quatrième signe l’apparition de Satsuki, l’ex de Haruto, récemment engagée comme psychologue scolaire dans le même établissement. Ce canevas nous permet de découvrir les relations qui unissent les personnages et qui se développent au cours du récit, avant l’exécution du plan fomenté par Haruto. Il est ainsi intéressant de découvrir les secrets de chacun, car comme l’on pouvait s’y attendre avec Furuya, Haruto n’est pas le seul personnage « dérangé » de cette histoire. En revanche, la disposition des éléments dessine déjà un semblant de construction au reste de l’histoire, au risque que le tout soit un peu trop téléphoné. Gageons que le mangaka parviendra à nous surprendre sur ce point, sans trop en rajouter pour autant…

Sur ce point, on appréciera la distanciation de Haruto par rapport à la perversité qui le ronge : ce désir provient en effet d’un long processus que notre protagoniste a pris le temps de décortiquer, au point d’avoir conduit son cursus étudiant et professionnel en ce sens. Cette analyse très objective se conjugue à merveille avec la froideur du trait de Furuya. On note ainsi un contraste très révélateur entre l’absence d’érotisme dans une scène de sexe en début de volume, et la dimension très soutenue, voire fantasmagorique, lorsque Haruto imagine l’instant où il parviendra à ses fins. On restera en revanche un peu moins convaincu par l’une des révélations en fin de tome, aux allures un peu grotesques, et qui semble avoir été mis là pour que le plan ait des chances d’aboutir.

Quoi qu’il en soit, « Je voudrais être tué par une lycéenne » reste pour l’instant à la hauteur de son titre prometteur. Usamaru Furuya offre un habile dosage entre un regard empathique sur ses personnages et une intrigue aux mécaniques aussi froides qu’irrémédiables. Le deuxième volume, que l’on attend avec impatience, devrait offrir une conclusion très soutenu, malgré une démarche de construction narrative un brin artificielle. Sans aller jusqu’aux univers grandiloquents qu’il a déjà pu présenter dans sa carrière, le mangaka nous offre ici une bulle étrange qui pourra servir d’habile porte d’entrée aux néophytes de son œuvre.

Alain Broutta

JE VOUDRAIS ETRE TUE PAR UNE LYCEENNE (Joshi Kousei ni Korosaretai) volume 1 d’Usamaru FURYA (2013)

Thriller/Drama, Delcourt-Tonkam Young, mars 2017, 208 pages, livre broché 7,99 euros

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