Taipei Story d’Edward Yang, ou les prémices de la Nouvelle Vague taïwanaise.

Lon, ancien joueur de base-ball qui rentre des Etats Unis et Chin, une businesswoman qui se voit bientôt licenciée, sont amis depuis l’enfance. Ils éprouvent l’un pour l’autre des sentiments confus qui se dissolvent au fil des événements. C’est bien à la désintégration d’un couple que l’on assiste en même temps qu’au long parcours de Taipei qui est aussi le sujet du film.
C’est le 2ème opus d’Edward Yang qui le réalise en 1985 et c’est peu ou prou la naissance de la Nouvelle Vague taïwanaise. Il en réunit en tous cas, les 2 protagonistes principaux, derrière et devant la caméra puisque son ami Hou Hsiao-Hsien prête ses traits juvéniles à Lon sillonnant la ville, cherchant toujours un lieu où se poser mais en éternel mouvement. Les chassés croisés du couple qui n’arrive plus à se retrouver se matérialisent dans la ville qui oscille toujours entre tradition et modernité. « Mon point de départ était essentiellement conceptuel. Je voulais raconter une histoire sur Taipei […] Je voulais inclure chaque élément de la ville, je me suis vraiment donné la peine de construire une histoire à partir de rien. Les deux personnages principaux représentent le passé et le futur de Taipei, et l’histoire porte sur la transition de l’un à l’autre. J’ai essayé de faire passer assez de controverses à l’écran pour que les spectateurs questionnent leur propre vie en voyant le film. » disait le cinéaste à propos de son film. Il a réussi dans ce sens où l’on s’attache peu aux personnages, plus à leurs errances et aux décors. Vendre son appartement ? Partir ou non pour New-York ? Retourner chez Chin ? Ces va-et-vient, ces atermoiements sont le cœur du film et sont magnifiés par une esthétique très graphique.
Edward Yang a connu un vif succès avec Yi yi en 2000 avant de décéder en 2007.

Camille DOUZELET

Taipei Story, 1985, Taïwan, d’Edward Yang, avec Hou Hsiao-Hsien, Lai Teh-Nan, Chen Su-Fang. En salles à partir du 12 avril en version restaurée 4K..