Après Strange Pictures, Strange Houses et Strange Buildings (1) du mystérieux Uketsu, la série s’étoffe d’un quatrième volume : Strange Maps. L’auteur y met en scène le jeune Fuminobu Kurihara, comme un préquel. Ce personnage était, en effet, déjà présent dans les précédents opus et présenté comme un « ami » d’Uketsu himself.
Âgé de 22 ans, il est étudiant en architecture et postule pour différents emplois mais ne réussit jamais ses entretiens. Non qu’il ne soit pas bon dans son domaine, mais il est trop direct et dit toujours ce qu’il pense. Apparemment sans affect, il est purement cérébral. C’est ce qui lui permet d’être extrêmement efficace en observation et déduction.
Et il lui en faudra pour résoudre l’énigme à multiples tiroirs de la confession macabre de Kimiko Okigami, de la mort très suspecte du P.D.G. de la compagnie de chemins de fer Yabitsu et de celle de sa propre grand-mère. Le lien entre tous ces événements se trouve peut-être dans les reculés monts Mojo et le hameau abandonné de Kosoko.
Comme dans ses précédents romans, les indices sont à chercher cette fois-ci dans la topographie des lieux avec comme point de départ la carte ancienne que tenait sa grand-mère lors de sa mort. Elle représente d’étranges dessins de yokais, de maisons et de bateaux.
Tout est à déchiffrer à l’image du suicide de sa grand-mère. Et Kurihara, expert en la matière, est bientôt aidé dans son entreprise par la jeune policière Akari. Les parents de cette dernière possèdent l’auberge où il va séjourner pendant ses recherches.
Uketsu possède un art consommé du suspense avec retardement et effets d’attente. Ses personnages sont aussi très attachants. L’histoire familiale de Kurihara l’a traumatisé très jeune. Akari l’aide aussi à la dépasser. Le roman devient alors initiatique. L’intrigue plonge aussi ses racines dans l’histoire très nipponne des croyances ancestrales comme celles du démon. Elle révèle surtout la résistance des femmes opprimées face à la violence des hommes.
Et c’est totalement addictif !
Dans le même temps, les éditions Kana font paraître le 3eme tome de Strange Pictures et le 5ème de Strange House en manga. Le roman sort aussi en poche chez Points.
Et dans le même genre horrifique, les éditions du Seuil publient aussi Quelque part dans la région du Kinki de Sesuji. Son écriture ressemble beaucoup à celle d’Uketsu. Notamment dans l’entrelacement de différents supports : récits, blogs, journaux, témoignages qui tissent une histoire mâtinée de fantastique. Ici c’est « un sanctuaire shintoïste » abandonné « au sommet d’une petite montagne », avec un torii délabré, qui en constitue l’épicentre. Tout aussi addictif que la série des Strange.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
(1) Lire nos chroniques sur ces précédents romans.
Strange Maps d’Uketsu, traduit du japonais par Alana Renhalm, 432 p., 21,90 €, éd. du Seuil. En librairie le 6 novembre 2026.
Quelque part dans la région du Kinki de Sesuji, traduit du japonais par Ivan Spinalis, 304 p., 19,90 €, éd. du Seuil. En librairie le 30 octobre 2026.





