Keiji Nakazawa est né à Hiroshima en 1939. La bombe lui enlève son père, sa sœur aînée et son petit frère. Sa mère, enceinte, accouche sur le champ d’une fillette. Dans les années 70, il en fera la matrice de sa grande fresque à la fois historique et intime : Gen aux pieds nus.
À travers cet alter ego donc, Gen est un jeune garçon dynamique, espiègle et plein de ressources, le mangaka a raconté en 10 volumes, sa vie et sa ville de 1945 à 1953. Guerre et après guerre vues à travers les aventures du quotidien de la famille Nakaoka.
Les éditions du Tripode poursuivent avec succès la réédition de toute cette série devenue culte, témoignage de premier plan et à hauteur d’enfant. Ce 7ème tome retrace une période très courte de la fin de l’été au début de l’automne 1949.
Quatre ans après la bombe, elle ne cesse de se rappeler aux pires souvenirs des habitants d’Hiroshima. Et le nouveau combat de Gen et son ami Ryûta est d’ailleurs de faire publier le témoignage du vieil écrivain qu’ils appellent « papa » et qui a perdu, comme tant d’autres, toute sa famille à Hiroshima. « Mais la ville manque de tout ». Et Ils se heurtent à la pénurie de papier ; plus encore à la censure que l’occupant américain exerce. Ils se retrouvent emprisonnés, prêts à subir un « lavage de cerveau » par les services secrets U.S. Pendant ce temps la mère de Gen n’en a plus pour très longtemps à vivre, rattrapée, elle aussi, par la bombe.
De rebondissements en rebondissements le récit permet à Gen et ses amis de débrouille d’exercer tous leurs talents d’entraide face à l’adversité qui n’en finit pas de les mettre à l’épreuve.
Le ton est donc toujours résolument sincère et critique. Ce tome est d’ailleurs particulièrement politique. Pacifiste et antimilitariste, Keiji Nakazawa martèle la responsabilité de l’empereur d’un côté, de MacArthur de l’autre. Gen veut que chacun demande personnellement pardon à sa mère ! Il est profondément humaniste à travers la narration de l’enfer de la bombe réitérée par le témoignage de « papa » que Gen lit à ses camarades d’infortune et du dénuement du peuple. Les enfants prêtent main forte à un agriculteur qui récupère « le caca », excellent engrais devenu denrée rare et verte en raison de la nourriture exclusivement végétale. La scène est cocasse. Mais à chaque situation inextricable Gen, « fort comme le blé », trouve la force, porté par une résilience et un optimisme à toute épreuve.
Le dessin assume une opposition des traits. D’un côté la rondeur enfantine des personnages principaux. De l’autre la brutalité et l’inhumanité de l’époque. Nakazawa montre frontalement l’horreur et la violence. Il rappelle notamment dans ce tome la censure qui interdit toute critique des forces alliées et la « chasse aux rouges ».
Il laisse aussi la poésie affleurer avec un soleil qui revient souvent dans les vignettes comme une ponctuation, une lueur d’espoir, peut-être aussi comme un symbole… du Japon. Et puis, en 1949 passe au cinéma l’ange ivre,1er acte de la trilogie sociale Du jeune Akira Kurosawa.
À suivre donc le 14 janvier prochain pour le 8ème tome.
Camille DOUZELET et Pierrick SAUZON
en aux pieds nus T7, scénario et dessin de Keiji Nakazawa , 272 pages, 13,90 €, éd. du Tripode. En librairie le 5 novembre 2026.

